IEF Notre premier contrôle pédagogique

École de la vie VS École de la conformité :

Bilan de notre 1er contrôle pédagogique en IEF

Les enfants qui sont instruits en famille font l’objet d’un contrôle annuel de l’inspecteur académique, pour vérifier la réalité de l’instruction dispensée, les acquisitions de l’enfant et sa progression. Pour avoir toutes les infos, c’est par ici.

Le lieu du contrôle

Pour notre 1er contrôle nous avons été convoqués dans une école primaire. Le contrôle peut avoir lieu « notamment au domicile des parents » selon la circulaire N°2017-056. Zoé nous a dit que cela l’aurait rassurée d’être dans son environnement familier. Je pense également que dans notre cas, cela aurait été bénéfique, afin de présenter notre lieu de vie et notre façon de procéder au quotidien (supports, jeux etc.)

Voici en quelques mots l’environnement et l’ambiance dans lesquels nous étions plongés : nous arrivons dans une école (que nous ne connaissions pas), évidemment fermée par des grilles immenses. Nous pénétrons dans l’enceinte de l’école. Zoé nous dit que cela lui rappelle une prison… Dans le hall d’entrée, plusieurs familles en IEF attendent déjà à notre arrivée.

Nous patientons afin de pouvoir rencontrer l’inspectrice. Pendant ce temps, la récréation sonne et des enfants impatients de pouvoir se défouler sortent des classes. Une institutrice interpelle en criant 3 élèves, car elles se sont rendues chez le directeur sans avoir demandé l’autorisation d’aller lui parler ! Elles seront punies et resteront assises sur un banc durant toute la récréation (punies pour un comportement qui ne correspondait pas aux attentes d’un adulte). Nous observons ce triste manège pendant plusieurs minutes avant que la sonnerie ne retentisse et ne rappelle tout ce petit monde à l’intérieur.

Premiers constats : en voyant l’énergie de Zoé, je m’aperçois à nouveau que la discipline et le rythme imposés par l’École ne répondent pas aux besoins de l’enfant. Par ailleurs, Zoé fait preuve d’une telle spontanéité face aux adultes et n’a pas peur de poser des questions, ni d’entamer le dialogue. Dans cette école, nous avons (encore) remarqué à quel point cette spontanéité n’a pas sa place, au nom du respect et de la supériorité de l’adulte. Où sont la bienveillance et l’empathie nécessaires au bon développement cérébral des enfants ?…

Zoé et Christophe décident de jouer dans la cour de récréation en attendant notre contrôle. Une cour entièrement bétonnée sans la moindre petite parcelle d’herbe, avec heureusement quelques arbres… enfermés dans le bitume. Ils cherchent en vain un petit caillou pour jouer à la marelle. Là encore ils ne trouvent rien. Une institutrice leur demande ce qu’ils cherchent : juste un caillou pour pouvoir jouer. Il faudra se contenter d’un tout petit caillou car, vous comprenez, pour des raisons de sécurité, il faut que la cour soit propre et « vide ». Christophe lui demande : comment les enfants peuvent-ils jouer et s’épanouir dans cet environnement aseptisé, sans pouvoir grimper aux arbres ou s’amuser dans l’herbe ? La réponse de l’institutrice est assez éloquente : « Mais monsieur, vous venez d’où ? de Nouméa ou quoi ?! » No comment.

L’entretien avec l’inspectrice

Ce sera SANS l’enfant, uniquement le ou les parents sont invités. C’est le conseiller pédagogique qui prendra en charge l’enfant pour le contrôle… Dommage que l’inspectrice ne discute pas directement avec l’enfant, ne serait-ce que quelques minutes.

Je me rends donc à l’entretien, pendant que Christophe reste avec Zoé.

L’entretien se déroule sans problème. L’inspectrice est avenante, et me pose les questions auxquelles j’avais déjà répondu dans son questionnaire envoyé avant le contrôle (à retrouver ici). Surprise : elle n’a pas pris connaissance du questionnaire complété. Dommage car son courrier stipulait bien que ce questionnaire servirait à préparer ce RDV… Je lui remets également le compte-rendu que j’ai préparé ainsi que la grille des compétences complétée. Elle n’en prend pas non plus connaissance, en m’expliquant qu’elle verrait directement avec son conseiller pédagogique le résultat des exercices proposés à Zoé. J’explique à nouveau notre pédagogie (apprentissages informels et autonomes, sans évaluation, sans notes). Elle m’écoute, me rassure en m’expliquant que les exercices demandés sont très « faciles » et adaptés aux enfants en IEF.

Pour autant, il est bien question d’un niveau à enseigner à l’enfant. Bien que la circulaire stipule qu’il ne faut pas comparer l’enfant contrôlé à un enfant du même âge scolarisé, nous découvrirons qu’il n’en est rien lors des exercices demandés à notre enfant.

L’entretien se termine, sans avoir pu montrer tous les supports et travaux que j’avais emportés pour ce RDV.

Les exercices à réaliser par l’enfant

Après 1 heure d’attente, c’est enfin au tour de Zoé. La conseillère pédagogique vient la chercher pour la conduire dans une autre pièce à laquelle les parents n’ont pas accès. Ce n’est vraiment pas de chance, car une maman nous explique que chaque année les parents sont invités et peuvent assister leur enfant. Cette année ce n’est pas le cas… Zoé est courageuse, elle a emporté son grand doudou (la plus grande de toutes ses peluches) pour lui tenir compagnie 😊

Nous patientons et après 1h30 d’exercices, la conseillère pédagogique revient avec Zoé. Elle nous montre les exercices et nous explique très brièvement son constat (SANS avoir pu aborder avec elle notre projet pédagogique et les travaux réalisés en IEF) :

  • Zoé a une imagination débordante MAIS elle n’écrit pas assez
  • Zoé a pu réaliser certains calculs demandés MAIS ce n’est pas suffisant (elle ne connait pas ses tables de multiplications)
  • Zoé a écrit des phrases MAIS elle ne maîtrise pas assez la grammaire, ni l’orthographe de certains mots (qui selon la conseillère doivent être maîtrisés en fin de CE1)
  • Il faut penser à parler des valeurs de la République à Zoé (elle n’a pas su répondre aux questions à priori) et surtout penser à la sociabilisation !

Nous n’avons pas eu droit de réponse car la conseillère était attendue par l’inspectrice (il était midi et toute l’équipe était déjà très en retard…). Je lui ai juste demandé si elle pensait que « c’était bon pour Zoé » (sous-entendu si nous pourrions être tranquilles après ce contrôle). A priori c’est oui, mais nous verrons le rapport qui nous sera envoyé.

Là encore la circulaire n’est pas tout à fait respectée puisqu’elle prévoit un entretien avec les parents et l’enfant, durant lequel l’enfant peut montrer ses travaux. Concernant les exercices demandés lors du contrôle, « il convient de veiller à ce que les exercices et leur durée soient adaptés à l’âge de l’enfant et son état de santé ». Tout est donc question d’interprétation de cette circulaire. Zoé a eu des exercices « standardisés » niveau CE2, et non des exercices individualisés correspondant à notre pédagogie.

Je suis toujours ouverte à toute critique constructive, chaque conseil étant le bienvenu car on peut toujours s’améliorer, mais dans ce cas de figure j’étais déçue de cet « échange », ou plutôt monologue de la conseillère pédagogique qui est totalement passée à côté de notre projet pédagogique (et qui n’en a pas pris connaissance tout simplement). Je suis néanmoins restée souriante lors de tous mes échanges avec les personnes en charge de ce contrôle, comprenant qu’elles sont formées (formatées?) par l’Éducation Nationale, et ne peuvent (veulent?) agir différemment, persuadées d’être dans le Vrai.

Notre conclusion

Comme un sentiment d’inachevé… Néanmoins nous retenons surtout que Zoé a une imagination débordante. Elle est créative et nous souhaitons à tout prix qu’elle conserve cette imagination et cette spontanéité au quotidien !

Les tables de multiplication ne sont pas toutes sues, mais elle les apprendra lorsque cela fera sens pour elle. Par ailleurs, la maman d’une enfant scolarisée en CE2 (dans l’école de notre commune) m’a confirmée que sa fille apprenait actuellement la table de 2… on est encore loin de la maîtrise de toutes les tables dans cette classe. A chacun son rythme 🙂

Il faut maîtriser l’orthographe de tous les mots invariables en fin de CE1. Anecdote comique : Zoé était scolarisée en CE1 et pourtant elle ne connait pas tous les mots invariables. Alors, échec de l’Institution, de la méthode ou de l’élève ?…

Les valeurs citoyennes sont maîtrisées et appliquées par Zoé au quotidien : nous allons régulièrement à la Croix Rouge pour y déposer nos dons et collectes, Zoé et sa sœur viennent en aide à des personnes âgées dans notre village en promenant leurs chiens, elles aident à la maison et dans l’entourage etc.

Enfin la fameuse et inquiétante « sociabilisation » des enfants en IEF : à notre sens, Zoé est l’exemple même d’une personne intégrée dans la société. Elle n’a pas peur des adultes, ni des grands. D’ailleurs elle a regagné en confiance en elle depuis que nous sommes en IEF ! C’est encore une victoire. Elle va aussi naturellement vers les petits. Elle se questionne sur le monde et sur ce qui l’entoure. Donc tout va bien : nous n’avons pas « oublié de sociabiliser notre enfant », cette phrase étant un non-sens absolu (l’humain est un être éminemment social) 😊

Je conclurai ce récit avec les mots de Bernard Collot : « La complexité de la vie ne s’enseigne pas, elle se vit » ! Tout est dit.

Compte-rendu IEF 2018/2019

*Documents en téléchargement libre : Cycle 2 grille des objectifs complétée (en bas de page) + questionnaire envoyé par l’Éducation Nationale permettant notamment d’exprimer nos attentes vis-à-vis du contrôle.

Dans cet article, je vous partage le compte-rendu pédagogique (pour Zoé, 8 ans) qui sera remis lors de notre contrôle annuel par l’inspection académique. Nous fournirons également un petit classeur regroupant les photos et dépliants de quelques unes de nos sorties, visites et activités. Edit avril 2019 : retour sur notre 1er contrôle pédagogique ici.

Quelles sont les données constituant ce compte-rendu? Une courte présentation de l’enfant, notre projet pédagogique (apprentissage informel), nos références, les supports et activités pédagogiques, le socle commun cycle 2 (compétences et exemples de mise en œuvre).

Pourquoi avoir réalisé ce support ? Ce n’est pas une obligation, mais je pense qu’il permet aux parents pratiquant l’IEF de se rendre compte des nombreux apprentissages de l’enfant et activités pratiquées, sans pour autant faire beaucoup de formel (peu d’écrits, ce qui est le cas pour Zoé). Ensuite, je souhaite être préparée au mieux (connaître le contexte légal, à retrouver juste ici) et je demanderai à joindre ce compte-rendu au rapport réalisé par l’inspecteur. Enfin, il s’agit de faire un pas vers l’Éducation Nationale pour que le contrôle se passe dans les meilleures conditions pour Zoé. Certes c’est un travail conséquent pour les parents, mais à mon sens, c’est le prix à payer pour avoir une année de liberté et tranquillité en IEF 🙂

Voici le document préparé et qui sera mis à jour avant notre contrôle (il s’agit bien-entendu d’un document personnel qui concerne l’évolution de Zoé et ses apprentissages non exhaustifs de notre année d’instruction) :

Compte-rendu

Instruction en Famille 2018/2019

Questionnaire envoyé par l’Inspectrice avant le contrôle. Pour vous donner un aperçu, nous l’avons complété et il est à retrouver ici : Questionnaire inspection Blog

Présentation de l’enfant

Zoé a été déscolarisée après son année de CE1 (7 ans), à la suite de problèmes de santé liés au stress et à une angoisse grandissante constatés à l’école. Elle n’a jamais aimé l’école, sans pour autant être en échec scolaire. Les institutrices ont fait de leur mieux, cependant la pression scolaire et la séparation quotidienne d’avec nous, ont créé chez Zoé un sentiment extrême d’angoisse et de stress.

Zoé est une enfant pleine de vie, curieuse, sportive et inventive. Elle exprime souvent sa joie de pouvoir faire l’instruction en famille.

Notre projet pédagogique

Nous avons choisi l’IEF pour profiter pleinement de nos enfants, les voir grandir, pouvoir leur accorder le temps et l’attention dont ils sont besoin pour se développer sereinement.

Nous pratiquons la pédagogie des apprentissages autonomes et informels. Il s’agit d’une démarche basée sur la motivation de l’enfant, sur l’interaction avec son entourage, l’enfant restant le moteur de ses apprentissages.

Les travaux récents et recherches en neurosciences (notamment ceux du Pr. Hüther, neurobiologiste) prouvent que le meilleur moyen d’apprendre est l’enthousiasme/la joie qui nous poussent à découvrir, expérimenter, tester et qui permettent ainsi d’acquérir des connaissances pérennes et bien assimilées, contrairement à un apprentissage contraint et à des règles apprises de manière artificielle (pour un contrôle à l’instant T par exemple).

Les apprentissages informels sont omniprésents dans notre quotidien, que l’on soit adulte ou enfant : nous apprenons souvent sans démarche consciente et explicite, uniquement par l’imprégnation, l’observation, l’imitation, l’échange, en faisant des essais et erreurs. Un enfant apprend naturellement à marcher et parler sans enseignement. Dans le monde du travail, un adulte apprend à 70% par l’expérience, 20% par l’échange, le contact et 10% par la formation formelle et/ou lecture.

Un enfant ira volontiers vers des supports de connaissances si on a eu la patience d’attendre qu’il soit prêt, il avance à son rythme : lorsque l’apprentissage fait sens, il sera efficace et assimilé de manière optimale.

Nous sommes donc confiants en la capacité de Zoé à apprendre, un enfant étant un apprenant de nature, doté d’une curiosité naturelle.

Nous n’avons pas d’attentes, et ne vérifions pas les connaissances acquises par Zoé (contrôle ou évaluation), nous souhaitons en effet qu’elle puisse à nouveau gagner en confiance en elle et en ses apprentissages. Zoé apprend en permanence, ces apprentissages sont transversaux et pluridisciplinaires. Il est donc difficile de tout découper en petits morceaux scolaires. Nous avons néanmoins établi un tableau récapitulatif sur la base du socle commun (ci-dessous).

Pour conclure, nous estimons que la formation initiale à donner à nos enfants, doit avoir pour but de préserver le goût d’apprendre et de continuer à apprendre avec enthousiasme tout au long de leur vie.

Références (à retrouver sur le blog)

Les apprentissages autonomes, John Holt

Une éducation sans école, Thierry Pardo

L’apprentissage informel expliqué à mon inspecteur, Claudia Renau

Être et devenir, Clara Bellar

Et je ne suis jamais allé à l’école, André Stern

L’école du 3ème type, Bernard Collot

La fin de l’éducation ? Commencements…, Jean-Pierre Lepri

Pour une enfance heureuse, Dr. Catherine Gueguen

Recherches et travaux : Neurobiologie et éducation, Pr. Gerald Hühter

Activités et supports pédagogiques

Supports

  • Je comprends tout CE2 (toutes matières)
  • J’apprends l’anglais avec Tommy et Julie (cahier + CD)
  • Cahier d’activités Soy Luna CE2-CM1
  • La roue des multiplications
  • Kit chimie
  • Kit d’expériences scientifiques
  • Jeux éducatifs sur PC https://www.logicieleducatif.fr (toutes matières)
  • Dessins animés « La Vie »
  • Livres
  • Documentaires
  • Jeux de société (La bonne paye, Rummikub, Uno, jeux de cartes, Bataille navale, Kapla, échecs, etc)

Nouveaux supports à tester

  • Cahier d’activités CE2-CM1 : Révise avec les princesses
  • Jeux malins 8-10 ans (Rébus, jeux de logique, mots masqués…)
  • Ma petite encyclopédie (avec activités) : La danse classique

Activités (en complément des supports ci-dessus)

  • Danse classique
  • Tennis en club
  • Jeux en extérieur
  • Skatepark
  • Forêt
  • Vélo
  • Promenade, marche et course à pieds
  • Patins
  • Danse
  • Piscine
  • Cuisine, pâtisserie
  • Aide aux travaux ménagers
  • Aide au salon de coiffure familial
  • Promenade de chiens de personnes âgées du village
  • Lecture
  • Visite hebdomadaire des médiathèques
  • Jeux de Barbie, déguisements et diverses mises en scène
  • Jeux de société
  • Projets autonomes : fabrication d’un parking à vélo, création d’une affiche pour garde et promenade de chiens…

Ateliers

  • Philo pour enfants (médiathèque)
  • Cooking in English
  • Création de bêtes fantastiques (médiathèque)
  • Création de cartes pop-up (médiathèque)
  • Bricolages et activités de Noël
  • Atelier « tablettes intergénérationnelles » (médiathèque)
  • Yoga pour enfants (médiathèque)
  • Lecture de contes (mensuelle médiathèque)
  • Jeux de société (médiathèque)
  • Calligraphie (médiathèque)
  • Magie (mensuelle médiathèque)
  • Atelier art plastique « Haut les masques avec Picasso » Inspiration art tribal (médiathèque)
  • Atelier art plastique « l’univers des oiseaux » (origami et travaux manuels) (médiathèque)

Sorties/visites

  • Musée de la préhistoire, Tautavel
  • Muséum d’histoires naturelles, Montauban
  • Cathédrale, Montauban
  • L’anse de Paulilles
  • « Le jardin en folie », St Jean Pla de Corts
  • Ferme musicale, Palau del Vidre
  • Navire Le Bellem, Port-Vendres
  • Manufacture du Grenat, Prades
  • Tour Eiffel et Opéra Garnier, Paris
  • Caserne de pompiers, Rivesaltes
  • Exposition robotique, IMERIR Perpignan
  • Musée de la musique, Céret
  • « Le lac des cygnes » Ballet ukrainien, Parc des expositions Perpignan

Spectacles médiathèques

  • Pourquoi c’est comme ça ? (Contes catalans), Jordi Mach
  • Chemins partagés, Cie Les colporteurs de rêves
  • Un grand jour de rien, Cie du Sarment
  • Je viens d’où tu vas, Samir Mouhoubi et Davy Kilembé
  • « Frontière(s) », Cie Pa d’Ocell (80 ans de la Retirada, histoires et contes catalans)

Vie quotidienne

Cycle 2 grille des objectif (cliquer ci-dessous)

Pour ce tableau je me suis inspirée d’un exemple de rapport qu’une maman en unschooling a eu la gentillesse de me fournir, ainsi que du kit inspection à retrouver sur le blog d’Isa LISE : http://lenviedapprendre.kneo.me/shop/category/5403

N’hésitez pas à me faire part de vos questions ou remarques en commentaire ou sur les réseaux sociaux (Instagram et Facebook) 🙂

IEF : Ce que dit la loi

Cet article a pour objectif de résumer le cadre juridique concernant l’Instruction en Famille. Regardons de plus près ce que disent les textes de loi internationaux et français :

Edit Août 2019 : Le projet de loi pour une école de la confiance publiée au JORF le 26 juillet 2019 devient :

LOI n° 2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance

La loi Blanquer pour « l’école de la confiance » sera effective à compter de la rentrée 2019, et a instauré l’instruction obligatoire à partir de 3 ans, un contrôle renforcé pour les familles en IEF, et la formation obligatoire pour les 16-18 ans non scolarisés (à partir de la rentrée 2020). Toutes les infos sur le blog d’Isa LISE ici.

Vous trouverez une synthèse du projet de loi avec les mentions les plus importantes à retenir pour l’enseignement à domicile sur le site Le coin des documentalistes iefeurs, un décret a été publié le 2 août 2019 (toutes les infos ici) et ensuite viendra la circulaire qui complétera les attendus du cadre juridique dans son ensemble.

1. Déclaration universelle des droits de l’Homme

Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. (Article 26-3)

2. Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales

Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’État, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. (Protocole additionnel, article 2, protocole n°1)

3. La liberté de l’enseignement est un principe constitutionnel

La liberté de l’enseignement est consacrée par le Conseil Constitutionnel comme l’un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. Article premier : 
La loi complémentaire à la loi n° 59-1557 du 31 décembre 1959 modifiée par la loi n° 71-400 du 1er juin 1971 et relative à la liberté de l’enseignement est déclarée conforme à la Constitution* (décision n°77-87 DC du 23 novembre 1977). A retrouver sur le site COLLECT’IEF.

4. Code de l’éducation

En France, l’Instruction En Famille est un droit : Article L.131-2

L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix.

a. Les démarches (Article L.131-5)

Les responsables légaux de l’enfant doivent effectuer une déclaration en mairie et à l’IA-Dasen (inspecteur d’académie – directeur académique des services de l’éducation nationale) pour les enfants ayant 3 ans (dans l’année civile de la rentrée scolaire) et qui n’ont pas 16 ans révolus (voire 18 ans avec la nouvelle loi). Un exemple de déclaration est à retrouver ici.

Pour les 16-18 ans non scolarisés (et qui ne travaillent pas), la nouvelle loi Blanquer a instauré une obligation de formation. L‘instruction en famille est la grande absente du projet de loi. En attendant, vous n’avez rien à déclarer pour le moment puisqu’aucune précision à ce sujet, ce point entrant en vigueur à compter de la rentrée 2020. Plus d’infos ici. Voici l’amendement.

Cette déclaration est à faire à la rentrée scolaire, ou dans les 8 jours suivants la déscolarisation ou le changement de résidence. Un accusé de réception devra vous être adressé par l’IA-Dasen (Article R. 131-2)

b. L’enquête de la mairie (Article L.131-10)

Elle a lieu dès la 1ère année, puis tous les 2 ans et a uniquement pour objectif de constater « quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables, et s’il […] est donné [aux enfants] une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille ». Elle ne porte pas sur la qualité de l’instruction dispensée dont le contrôle relève des autorités compétentes du ministère chargé de l’éducation nationale. Elle n’est pas non plus une enquête sociale. Elle peut donc être effectuée par des agents administratifs de la commune. Dossier à retrouver sur le site de l’association UNIE.

c. Le contrôle par l’Éducation Nationale (Article L.131-10)

La famille est informée au minimum 1 mois avant la date du contrôle, à partir du 2ème mois suivant la déclaration d’instruction dans la famille. Mais le nouveau décret prévoit également la possibilité de faire des contrôles inopinés.

Ce contrôle porte sur la réalité de l’instruction donc sur les moyens mis en œuvre et le contenu de l’enseignement dispensé par les responsables de l’enfant pour l’instruire, ainsi que sur les acquisitions de l’enfant et sa progression.

L’objectif est de vérifier que l’enfant instruit pourra maîtriser l’ensemble des exigences du socle commun à l’issue de la période d’instruction obligatoire. La progression retenue doit être compatible avec l’âge de l’enfant et son état de santé, tout en tenant compte des choix éducatifs effectués. (Articles D.131-12 / R.131-13)

Comme le rappelle la circulaire N° 2017-056 du 14/04/2017, le socle commun doit servir de références communes pour permettre un dialogue constructif et apprécier la progression de l’enfant. Il ne faut pas y voir une obligation de résultat. Le contrôle n’a pas pour objectif de vérifier que le niveau de l’enfant est équivalent à celui d’un enfant de même âge scolarisé, compte tenu de la liberté de choix éducatifs laissés aux parents.

Concernant le socle commun, le site UNIE précise :

Si l’inspecteur a le droit de se référer aux cycles, vous n’êtes absolument pas tenus de les suivre si vous ne le désirez pas : il s’agit seulement de points de référence. Par contre vous devez faire en sorte d’avoir passé en revue le contenu de chacun des 5 domaines à l’issue des 16 ans de l’enfant… Notez toutefois que vous avez une obligation de moyens (tout mettre en œuvre, instruire), et que votre enfant lui n’a pas d’obligation de résultat (on ne saurait imposer aux enfants en IEF ce qu’on n’impose pas aux enfants scolarisés, l’enfant n’a pas l’obligation d’être « bon partout »!).

Néanmoins les contrôles renforcés avec la nouvelle loi, ne laissent plus beaucoup de place à la liberté éducative : la maîtrise du socle commun sera bien la base du contrôle annuel, et la progression continue (année par année) doit s’effectuer dans chaque domaine du socle commun.

L’article L.131-10 est modifié
« À cet effet, ce contrôle permet de s’assurer de l’acquisition progressive par l’enfant de chacun des domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l’article L. 122-1-1 au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d’enseignement de la scolarité obligatoire. 
Ces objectifs ne sont pas une nouveauté, ils étaient déjà imposés par le décret de 2016. 

Concrètement le contrôle se déroule comme suit :

  • un entretien avec les responsables de l’enfant leurs permettant de présenter leurs choix éducatifs, les méthodes et supports pédagogiques retenus, ainsi que les différents travaux réalisés par l’enfant. Il est recommandé aux responsables de l’enfant de faire parvenir avant le contrôle un document explicitant leurs choix éducatifs. Ainsi ils pourront demander à ce que ce document soit annexé au bilan du contrôle.
  • des exercices écrits ou oraux individualisés et adaptés aux objectifs pédagogiques seront demandés à l’enfant. (Article R.131-14)

Pour le 1er contrôle, le site UNIE précise :

Le contrôle que vous avez pour la 1ère fois sert de base (il ne peut donc pas y avoir de second contrôle au prétexte d’une insuffisance de progression la première fois!).

(Toutefois il peut arriver qu’un second contrôle soit notifié aux parents (certains témoignages en attestent). Dans ce cas, n’hésitez pas à vous rapprocher des associations comme UNIE et LED’A ayant un service juridique.)

Le bilan du contrôle est notifié systématiquement aux responsables de l’enfant dans un délai de 3 mois maximum. Si les résultats sont jugés insuffisants, il doit leur être précisé en quoi l’instruction donnée ne permet pas la progression de l’enfant vers l’acquisition, à la fin de la période obligatoire, des compétences du socle commun. Dans ce cas, un 2nd contrôle est prévu au plus tôt 1 mois après la date d’envoi des résultats. Si les résultats du 2nd contrôle sont toujours insuffisants, les parents sont mis en demeure d’inscrire l’enfant dans un établissement public ou privé, dans les 15 jours suivants la notification.

Les associations telles que : UNIE, LEDA ou OCIEL militent pour le droit des familles en IEF et peuvent apporter leur aide si les contrôles ne se déroulaient pas de manière optimale.

Bonne continuation dans votre aventure IEF 🙂

Destination Unschooling

Il existe de nombreuses manières d’aborder le sujet des apprentissages lorsqu’on pratique l’instruction en famille : on peut choisir l’apprentissage formel (cahiers, manuels scolaires, cours par correspondance) et/ou opter pour l’apprentissage naturel de l’enfant sans enseignement : bienvenue dans le monde du unschooling ! Précédemment, nous avions déjà vu les apprentissages autonomes (par ici) et apprentissages informels (par ).

Le film ainsi que le livre Être et devenir1 de Clara BELLAR nous permettent de plonger dans ce monde extraordinaire du unschooling ! Pour beaucoup de parents (comme pour nous) c’est une découverte totale, puisque nous avions appris qu’il n’y a qu’à l’école qu’on apprend. Alors comment un enfant pourrait-il apprendre sans école et sans enseignement ?!

Pour trouver une réponse, posons-nous d’abord la question : Pourquoi une société scolarisée a tant de mal à imaginer des apprentissages naturels et autonomes ? Comment se fait-il qu’un enfant sans école apprenne à marcher et à parler mais tout d’un coup serait incapable d’apprendre à compter ou écrire ? Pourquoi ne croit-on pas une personne apte à choisir son activité parmi ses centres d’intérêts ?

On le sait, les enfants sont des « machines à apprendre ». Dès lors pourquoi faudrait-il imposer des matières et des temps d’apprentissages, alors que notre cerveau est programmé naturellement pour apprendre ?

Se « déscolariser »

Nous avons été « formatés », il faut donc d’abord déscolariser les parents, changer de paradigme, de regard. Je pense que c’est cela le plus difficile et finalement le cœur du « problème » ! Les maîtres-mots en unschooling sont « trust and wait » = confiance et patience (Naomi Aldort2). C’est la base. Nous, parents, éducateurs, avons tendance à avoir des attentes, espérons l’émergence d’une ou plusieurs passions chez notre enfant, ou pire le comparons aux autres, aux « normes attendues ». Or c’est nocif pour lui, et détruit sa confiance. Le parent doit donc faire un travail sur lui avant tout, se remettre en question. D’ailleurs faire le choix du unschooling découle d’une réflexion globale : il ne s’agit pas seulement de l’éducation de notre enfant, mais de notre manière d’être dans le monde, de vivre !

Alors oui, c’est difficile de faire face au regard des autres, aux remarques : « mais vous ne suivez pas un programme ? votre enfant devrait savoir faire ceci ou cela ! » Il faut alors se dire 2 choses : on n’a jamais fait grandir quelqu’un en le mesurant. Arrêtons la comparaison et les attentes vis-à-vis de notre enfant. Puis, posons-nous la question : si nous étions sur une île déserte, à quel point serions-nous gênés que notre enfant soit comme ceci, ou comme cela ? Une fois que l’on s’est posé cette question, on a fait la paix avec la thématique de la comparaison (Thierry Pardo3, à retrouver juste ici).

Confiance en soi

Ainsi pour pouvoir faire confiance à son enfant, il faut donc avoir confiance en soi ! C’est logique me direz-vous. Mais comment fait-on si, comme moi, on est une maman qui n’a pas vraiment confiance en elle ? Il faut déjà avoir confiance dans ce qu’on fait ! Aujourd’hui je peux affirmer que notre choix de vie nous correspond, parents comme enfants (oui il y a des doutes et des questions parfois, mais la joie est présente, cela se ressent en soi et chez les enfants). Ensuite il nous faut avoir confiance en la capacité d’apprendre de l’enfant. Elle se cultive en parlant en famille, avec d’autres parents d’enfants non-sco et en étant attentif à ce qu’exprime son enfant, en restant connecté à lui ! Cela demande un travail sur soi mais la justesse de l’action donne beaucoup d’énergie (Claudia Renau4). Partage et connexion à l’autre permettent de changer, de se construire. C’est donc l’interaction avec nos enfants qui nous permet de gagner en confiance, mais surtout qui les aide à se construire !

Nous sommes donc dans un cheminement de pensées global : il ne s’agit plus d’une question d’aller ou non à l’école, mais de se réapproprier sa vie et sa confiance en soi, pour les enfants comme les parents.

Apprendre sans contraintes

En unschooling, l’enfant apprend comme il le souhaite, sans contraintes. Beaucoup diront que cela n’est pas la « vraie vie », que l’école apprend à se soumettre aux règles. Effectivement, l’école a été créée pour enseigner la discipline et l’obéissance à une hiérarchie.

Un peu d’Histoire pour comprendre : en 1870, la Prusse inflige une défaite à la France. Il faut donc former des militaires plus obéissants et disciplinés, c’est pourquoi on crée l’école de Jules Ferry. Il faut instaurer un sentiment d’appartenance patriotique (nécessaire aussi pour la colonialisation des « races dites inférieures » par J. Ferry5), puis un esprit de compétition et de comparaison, ainsi que d’exécution des ordres nécessaire pour le secteur militaire, et industriel (travail en usine).

Or en unschooling et sans école, on apprend également à se conformer aux règles de vie, de courtoisie, en famille et dans la société, lorsque ces règles font sens. L’enfant n’est donc pas face à des règles arbitraires hors contexte. Il se sociabilise et vit avec des enfants et adultes de tous âges. En effet, il n’est pas forcément pertinent de retirer l’enfant du monde (en le mettant à l’école) pour le préparer au monde !

Par ailleurs, pour faire face au marché du travail, le bagage le plus solide est la confiance en soi, et savoir apprendre par soi-même. Le monde d’aujourd’hui n’est pas nécessairement celui de demain. Nous le constatons, il change sans cesse. Il faut savoir faire preuve d’adaptation ! L’école est comparable à une course aux notes et aux diplômes. Elle a créé cet imaginaire collectif selon lequel il suffit d’avoir un diplôme pour travailler et réussir. Or ce n’est pas une assurance tout risque contre le chômage. Cela peut même nous pousser dans un métier qui ne nous convient pas. Nous l’avons vécu ou connaissons des personnes dans ce cas.

Pour autant, certains me diront qu’ils ont été « éduqués à la dure » et qu’ils ont appris ! Effectivement, nous apprenons même dans ces conditions car on ne peut faire autrement. Mais à quel prix ?! Les conséquences sur le développement cérébral sont graves : les zones du cortex préfrontal (dirigeant la pensée supérieure, l’exécution, l’action, l’apprentissage et la mémoire) ne se développent pas correctement. Alors que dans un environnement bienveillant (un simple regard attentionné suffit) ces zones créent beaucoup plus de connexions. Oui, on apprend dans un environnement stressant mais avec tellement plus de difficultés, avec l’intégration de mécanismes de manque d’auto-estime et d’auto-sabotage ! (Céline Alvarez6)

D’autres assurent qu’ils ont aimé l’école. C’est possible. Pour ma part, bonne élève, ma scolarité a été plutôt agréable. Pour autant, elle n’a pas été épanouissante. En me penchant sur l’IEF et le unschooling, je me suis aperçue que j’ai été une « bonne victime consentante » du système. Il n’y avait pas le choix. Il fallait faire ses devoirs, avoir de bonnes notes pour les appréciations des professeurs, voire des parents. J’attendais qu’on soit fier de moi, j’ai ainsi renoncé à une partie de moi-même pour devenir ce qu’on attendait de moi. Certains se reconnaitront peut-être… A présent, il faut refaire le chemin vers soi-même.

Résultats du unschooling

Les enfants unschoolers ont confiance en eux et une connaissance d’eux-mêmes. La joie est préservée tout comme cet élan naturel des apprentissages. Ce sont de « vrais » enfants ! Certains iront jusqu’au bac ou feront des études supérieures. D’ailleurs Joyce Reed, co-rectrice de Brown University, témoigne que les enfants non-sco ayant créé leur propre programme sont plus passionnés, plus actifs et plus ouverts. Ils vont vers le professeur, pour lui parler, l’interroger alors que les élèves sortis du lycée pensent que cela ne se fait pas.

Mais alors peut-on passer au unschooling à tout âge ? Oui il est possible de proposer des apprentissages informels quel que soit l’âge, mais il y a une période de transition lorsqu’on déscolarise nos enfants. En effet, il est difficile de se prendre soudain en main quand on a organisé toutes vos journées pendant des années, quand on vous a dit ce qu’il fallait faire, étudier et à quelle heure. Donc c’est anxiogène pour les parents de voir notre enfant perdu. Nous en faisons le constat avec nos filles. Mais nous leur laissons du temps pour se réapproprier leurs envies, leur(s) centre(s) d’intérêt(s). D’après les témoignages, le naturel revient avec un peu de temps. Patience donc… trust & wait.

D’accord mais comment approfondir un apprentissage ? Si mon enfant veut aller plus loin dans une matière, en tant que parent je n’ai peut-être pas les compétences ? L’un de nos amis nous disait que grâce à l’école il avait pu approfondir ses connaissances en mathématiques, et que sans école il n’y serait pas parvenu. Il faut simplement se dire que le parent a un rôle d’accompagnant. Il doit rendre le monde accessible à son enfant. Si celui-ci souhaite apprendre les mathématiques, ou devenir astronaute alors on recherche ensemble les ressources nécessaires (personnes, lieux, livres etc). Ce ne sont pas les adultes qui enrichissent les jeunes. Un astronaute n’a pas forcément des parents astronautes. L’apprentissage est un acte intime : chaque personne est moteur de son apprentissage !

Une autre vision de l’avenir

Pour conclure, depuis que nous avons découvert l’univers de l’IEF, et celui des apprentissages naturels, notre vision du succès a changé (comme pour beaucoup de parents qui témoignent dans le film). Elle n’est plus liée aux qualifications, au fait d’obtenir un diplôme à tout prix, de gagner de l’argent et de l’accumuler. Nous allons vers des idées et questions qui ont plus à voir avec l’équilibre et le bien-être de chacun (enfant comme parent).

Certains pensent peut-être que c’est totalement utopique de vivre en 2018 et de penser comme cela… Je répondrai simplement que c’est un état d’esprit qui se travaille et se cultive afin de ne pas vivre dans un monde de rapports de forces, de domination. Parents et enfants peuvent devenir des partenaires et non des adversaires. Vivre en harmonie, prendre soin de soi sont aussi des bases nécessaires pour nos enfants, pour leur permettre de choisir plus tard un monde professionnel non humiliant.

Enfin, pour ceux qui ont l’impression qu’on se « sacrifie » pour nos enfants en choisissant l’IEF, je peux assurer que ce n’est pas du tout un sacrifice pour moi. Certes il faut faire des choix notamment financiers, mais c’est une chance immense de pouvoir accompagner nos filles. A qui donnerait-on le meilleur de nous-mêmes si ce n’est à nos enfants ? Alors à nous d’inventer la vie qui va avec nos choix.

1Être et Devenir : Faire confiance à l’apprentissage naturel des enfants, Clara BELLAR, Éditions l’Instant Présent / 2Naomi ALDORT Auteure spécialisée en éducation des enfants, conférencière et thérapeute / 3Thierry PARDO doctorat en éducation / 4Claudia RENAU Enseignante pour l’Éducation Nationale et formatrice d’enseignants à l’IUFM ; actuellement éditrice aux éditions l’Instant Présent / 5Jules FERRY discours de 1885 http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/jules-ferry-28-juillet-1885 / 6Céline ALVAREZ Auteure et conférencière, linguiste de formation, ancienne professeure écoles

Neurobiologie et éducation

Je vous propose de découvrir l’intervention remarquable du Pr. Gerald HÜTHER (neurobiologiste*) au cours de laquelle il pose la question suivante : Pourquoi est-il si difficile de se débarrasser des schémas incrustés dans nos fonctionnements ? (ou en d’autres termes : pourquoi sommes-nous tels que nous sommes ?). Excellente vidéo* à retrouver en fin d’article et dans nos Sources d’inspiration.

Notre impact sur les tout-petits

Nous ne naissons pas avec notre état d’esprit actuel. Alors comment s’installe-t-il en nous ? Une étude extraordinaire nous démontre que beaucoup de schémas actuels de pensées sont transmis à nos proches, et surtout à nos enfants, alors que nous n’avons même pas conscience de cette transmission.

Quelle est cette étude ?

Des enfants de 6 mois sont placés devant un écran qui montre plusieurs scènes d’un dessin animé.

1ère séquence : on y voit une colline au pied de laquelle arrive un bonhomme jaune. Il essaie de gravir cette colline avec beaucoup de difficultés, et arrive enfin au sommet.

2ème séquence : toujours cette même colline et ce petit bonhomme jaune qui essaie de la gravir. Apparaît un petit bonhomme vert qui se place derrière lui pour lui venir en aide. Les deux arrivent ensemble au sommet.

3ème séquence : à nouveau la colline et le petit bonhomme jaune qui arrive péniblement au sommet. Mais cette fois un petit bonhomme bleu repousse le bonhomme jaune qui tombe de la colline.

Juste après ces 3 séquences, un bonhomme vert et un bonhomme bleu (identiques aux séquences montrées) sont proposés aux enfants, afin d’observer lequel des deux, le bébé va choisir. Il est évident qu’à cet âge-là, les bébés ne choisissent pas ce qu’ils n’aiment pas. Tous les bébés ont donc pris le bonhomme vert, celui qui aide !

⇒ Bonne nouvelle ! Aucun d’entre nous ne vient au monde en consumériste ou égocentrique brutal et sans égards. En revanche, mauvaise nouvelle : cet état d’esprit s’installe en nous bien plus tôt que nous ne le pensions jusqu’à présent !

En effet, cette même expérience est menée 6 mois plus tard avec les mêmes enfants qui sont donc âgés d’un an. Ils observent à nouveau les 3 séquences et on place devant eux le bonhomme vert ainsi que le bleu. Soudainement, 10% à 20% des bébés choisissent le bonhomme bleu, celui qui repousse.

Alors se pose la question suivante : ces enfants ne sachant pas encore parler, qui a bien pu leur apprendre cela ? Réponse : ils n’ont fait qu’observer. Dans le système familial dans lequel ils grandissent se trouve quelqu’un qui arrive brillament à ses fins aux dépens des autres. Ainsi il est biologiquement tout à fait sensé pour un si petit enfant de prendre exemple sur cette personne, puisque les enfants prennent pour modèles ceux qui réussissent. Donc ils deviennent comme nous ! C’est ainsi que la pensée systémique prend tout son sens, et que nous comprenons ce qui nous refrène dans nos découvertes et nos pensées, ou ce qui nous bloque dans nos schémas actuels.

Tous identiques à la naissance : notre cerveau nous permet de TOUT faire

Les enfants naissent avec un cerveau qui a d’innombrables connexions et une ouverture d’esprit incroyable. En effet, il n’y aucun programme génétique qui puisse savoir à l’avance comment un cerveau humain sera utilisé. Ces programmes génétiques (les mêmes pour tous les humains) ne peuvent pas déterminer à l’avance si tel enfant va venir au monde au Moyen-âge, ou de nos jours, Esquimau au cercle polaire ou Indien d’Amazonie. C’est pourquoi ils nous équipent – c’est une découverte évolutionniste majeure – d’un cerveau avec lequel on peut TOUT faire.

Ces programmes génétiques ont même fait une surestimation de ce qu’il faut à un bon cerveau humain, ainsi nous sommes envoyés avec beaucoup de surplus dans le monde (pour info : vous qui êtes en train de me lire, tout comme moi, avons déjà perdu un tiers de cellules nerveuses depuis notre naissance). Il en est de même pour les connexions neuronales bien trop nombreuses : au début elles sont simplement mises à disposition, cela commence à l’arrière dans le tronc cérébral, puis séquentiellement elles arrivent dans les diverses régions, jusqu’au cortex frontal où cela ne s’arrête plus.

Là elles sont toujours disponibles, et l’on serait capable durant toute notre vie, de penser et ressentir différemment, à la seule condition d’avoir une raison assez forte qui nous pousse à changer. Alors comment être stimulé ?

Les 2 expériences primitives fondamentales

Avant la naissance, tous les enfants font 2 expériences majeures – que nous avons tous faites : la croissance et le lien.

L’expérience fondamentale de la croissance s’ancre dans le cerveau, là où se trouve aussi le « système de curiosité » qui utilise certains transmetteurs, telle la dopamine. Ce système se forme en fonction des expériences intra-utérines. Ainsi lorsqu’un enfant vient au monde, il y arrive avec l’espoir qu’il y aura, dehors, quelque chose à découvrir et quelque chose à faire. Il veut grandir, montrer qu’il est capable de réaliser des choses, il veut devenir autonome et libre.

La seconde expérience prénatale, celle du lien, s’ancre aussi profondément dans le cerveau, au niveau du « système de l’attachement », qui travaille avec d’autres transmetteurs comme l’ocytocine, la prolactine. Ce système se forme, lui aussi, en fonction des expériences prénatales. Chaque enfant vient alors au monde avec l’espoir que, dehors, il sera, d’une manière ou d’une autre, bienvenu, qu’il trouvera quelqu’un qui le prendra dans ses bras, qui lui offrira proximité et sécurité.

Alors ces enfants vont dans ce vaste monde et font des expériences. Les plus importantes sont toujours celles qui ont lieu quand il est possible de combiner ces 2 expériences primitives. Cela fonctionnait pendant 9 mois : nous avions bien pu vivre en même temps le lien et la croissance. Mais une fois né, on se rend compte qu’on ne convient pas tout à fait à maman, ou papa ou à quelqu’un d’autre… On n’est pas accepté tel que l’on est, les adultes commencent à vous « éduquer de partout », parce qu’ils voudraient qu’on soit comme eux, ou comme ce qu’ils auraient aimé être ou devenir.

A l’inverse nous pouvons aussi être, en quelque sorte, étouffés par ce qu’on pourrait appeler l’amour-grappin qui nous empêche de vivre notre besoin de croissance : on se noie en quelque sorte dans le « pot de miel de l’attachement ».

Situations aussi catastrophiques l’une que l’autre, pour lesquelles ce sont les mêmes réseaux neuronaux qui sont activés dans le cerveau, que lorsqu’on nous inflige des souffrances corporelles. Autrement dit notre cerveau réagit de la même manière lorsque nous nous sentons rejetés, que lorsqu’il repère un dérangement dans notre corps. Dans les 2 cas, nous souffrons et il nous faut trouver une solution.

L’enthousiasme nécessaire au changement

Pour nous permettre de supporter cela (car il est insoutenable de souffrir tout le temps), dès le plus jeune âge et plus tard en tant qu’adulte, à chaque fois que nous ne pouvons recevoir ce dont nous avons besoin, nous nous contentons de ce que nous pouvons avoir. Dès lors se contenter de tout genre de substituts active le centre de gratification.

A chaque fois qu’on s’enthousiasme pour quelque chose, et ce sur quoi on s’enthousiasme importe peu au cerveau, des transmetteurs neuro-plastiques se déversent, agissant comme de l’engrais pour le cerveau. Ceux-ci ne sont pas déversés lorsqu’on nous fait apprendre l’annuaire par cœur, ou bien lorsqu’on subit les discours de « gens avisés ». Ils ne se déversent que lorsque les centres émotionnels sont activés dans le cerveau, c’est-à-dire uniquement lorsque nous vivons quelque chose de particulièrement important pour nous. Important comme la souffrance éprouvée, il nous faut donc un substitut qui ramènera le calme dans notre cerveau.

Ces neurotransmetteurs savent faire une chose géniale : ils amènent les cellules nerveuses du dessous, par le biais d’un processus, à produire des protéines, qu’elles ont cessé de produire depuis longtemps. Ces protéines sont nécessaires pour construire de nouveaux filaments, établir de nouveaux contacts, pour rendre les réseaux neuronaux plus denses.

En résumé à chaque fois que l’on s’enthousiasme pour quelque chose, un arrosoir déverse dans le cerveau cet engrais qui le fertilise – mais uniquement sur les zones qu’on utilise dans un état d’enthousiasme ! Nos jeunes ont depuis 10 ans une région du cerveau qui reçoit tant d’engrais qu’elle a déjà doublé de taille : celle qui est chargée de la régulation des mouvements du pouce !

Cet enthousiasme nécessaire pour qu’il y ait des changements dans le cerveau, il n’est pas possible de l’avoir sur ordonnance, ni de l’engendrer par de savantes conférences. Non, il faut que les gens soient émus, touchés dans leur cœur. Souvenons-nous du petit enfant de 3 ans que nous avons été, lorsqu’on s’enthousiasmait pour quelque chose 50 à 100 fois par jour. Ne serait-ce qu’un bout de fil dépassant d’un tapis peut enthousiasmer un enfant de 3 ans pendant ½ heure. L’arrosoir dans son cerveau est continuellement ouvert, l’engrais est répandu sans arrêt et surtout partout – car l’enfant s’enthousiasme pour tout ! et là… nous envoyons ces enfants à l’école…

Lorsqu’on demande à des adultes à quelle fréquence il leur arrive encore de s’enthousiasmer – ce qui serait nécessaire pour penser autrement, pour qu’un nouveau schéma de connexions puisse se constituer dans le cerveau – c’est 1 à 2 fois par an (Noël et Pâques) voire plus du tout.

Apprendre à tout âge

Ce qui est intéressant c’est que ce serait possible ! Un homme âgé de 85 ans pourrait apprendre le chinois, non pas à l’université, mais uniquement en s’enthousiasmant. Par exemple en tombant tellement amoureux d’une jeune Chinoise de 65 ans, que lorsqu’elle veuille retourner en Chine, il y aille aussi. Et nous savons tous que cet homme âgé de 85 ans, qui dans son enthousiasme, va en Chine avec cette femme, aura appris le chinois en 6 mois. A 85 ans ! Nous n’avons donc aucun problème technique dans le cerveau si nous ne pouvons apprendre le chinois à 85 ans. Nous avons uniquement un problème d’enthousiasme. Ce qui est grave c’est que nous le savons tous !

Conditionné pour le consumérisme

Nous devrions pouvoir nous enthousiasmer pour quelque chose de différent de ce que nous connaissions jusqu’à présent. Or jusqu’ici nous nous enthousiasmons uniquement avec des substituts qui comblent nos manques et souffrances vécus par tant d’expériences négatives : quand nous cherchions des occasions de montrer aux autres ce que nous savions faire, quand nous essayons de nous intégrer, de devenir libres et autonomes. Ce faisant nous cherchons des satisfactions de substitution qui procurent cet enthousiasme palliatif => le consumérisme.

C’est évident, quand on ne reçoit pas ce dont on a besoin, on prend ce qui est proposé ici ou là. Il y a toute une industrie qui n’attend que cela : qu’il y ait autant de gens avec autant de besoins insatisfaits que possible, car ce sont eux qui entretiennent l’économie. Cela signifie qu’il nous faut des enfances qui rendent les enfants malheureux, des enfances au cours desquelles les 2 besoins de base des enfants ne sont pas satisfaits. Sinon à la fin nous n’aurions pas tous ces consommateurs souhaitant acheter toute cette marchandise, dont personne n’aurait besoin si nous allions bien.

*Conférence du neurobiologiste Prof. Dr. Gerald Hüther dans le cadre de la zweite Konferenz des Denkwerks Zukunft Berlin, 15 janvier 2011. En allemand avec sous-titres français (André STERN). Présentée par l’Institut Arno Stern et le mouvement « écologie de l’éducation ». Neurobiologiste allemand de premier plan, le Pr. Gerald Hüther dirige le département de recherche fondamentale de neurobiologie du Centre Hospitalier Universitaire psychiatrique de l’université de Göttingen et le centre de recherche préventive de neurobiologie de l’université de Göttingen et Mannheim/Heidelberg. http://www.ecologiedeleducation.com

Comprendre nos enfants entre 6 et 11 ans (partie 2)

A la suite de notre 1er article (juste ici), découvrons ensemble comment décrypter le cerveau de nos enfants à l’aide de l’excellent ouvrage d’Isabelle FILLIOZAT : « Il me cherche ! » Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans*

Partie 2 : A chaque âge ses spécificités

6 – 7 ans

Histoires imaginaires Avant 7 ans, on ne parle pas de mensonges. Si l’enfant a par exemple un ami imaginaire, cela signifie qu’il projette certaines parties de lui-même. Laissons lui le temps, il les intègrera peu à peu.

Il me ment L’enfant veut à tout prix faire plaisir et donne la réponse attendue car il sent que ça nous calmera, même s’il faut mentir. Après 7 ans, il veut être le meilleur, et si besoin blâmera l’autre car il a besoin de protéger son image de lui-même, les accusations et critiques étant trop douloureuses. Pour lui éviter de mentir, abstenons nous de lui faire honte ou peur, restons une personne de confiance, à qui il peut se confier !

Apprendre par imitation Soyons vigilants à nos comportements au quotidien car l’enfant nous imite (on est beaucoup sur les écrans? il en demandera également. Avons-nous tendance à crier? à mentir? Nos comportements conditionnent les réactions de nos enfants).

7 ans

Ils ne font rien à la maison Faire ensemble des tâches utiles nourrit notre sentiment d’appartenance, d’être utile et entretient l’estime de soi.

Manger toujours la même chose Cela est dû à un conflit intérieur. L’enfant ne se dit pas « je vais embêter maman en refusant sa nourriture » : il est mal, a un souci dans son cœur et a peut-être l’intestin noué. A nous d’explorer les pistes pour découvrir ce qui se cache derrière ce refus de nourriture.

Exemples de sujets abordés par Isabelle FILLIOZAT : entre autres il fait pipi au lit, elle veut un soutien-gorge, et bien d’autres exemples !

8 ans

Il court partout ou fait n’importe quoi Nous avons vu dans notre 1er article que l’ennui induit le stress. Donner une orientation constructive à son enfant est bien plus efficace que de le réprimander. Confions lui des missions au quotidien.

Mentir à ses copains Si l’enfant recourt à ces stratégies, il le fait pour rehausser son statut social. Écoutons et analysons la situation de notre enfant. Peut-être que son intégration sociale n’est pas aussi facile que ce qu’il nous raconte…

Punitions Elles sont contre-productives, notamment chez les garçons qui en sont fiers face aux copains. Elles n’améliorent pas la situations alors regardons tout cela depuis le paradigme de l’attachement (notion évoquée dans notre article précédent). Si l’enfant semble ne pas écouter, il nous observe néanmoins et se construit. A nous de montrer l’exemple. Les résultats seront visibles sur le long terme.

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Si les punitions éduquaient, il y a belle lurette que l’espèce humaine ne commettrait plus de crime. En fait les punitions ne sont pas tout à fait inefficaces. Elles sont d’une grande efficacité… sur le soulagement du punisseur qui a ainsi le sentiment de reprendre le contrôle de la situation.1

Récompenses Elles démotivent, et encouragent uniquement sur le court terme. Offrir un salaire pour une action, revient à dire que cette dernière n’a aucune valeur. La récompense agit même comme une punition lorsque l’enfant ne l’obtient pas.

9 ans

Abandon de chaque activité (sport etc) Il faut inciter l’enfant à nous parler de ce qui se passe, identifier les vraies raisons qui le poussent à se détourner de ses activités.

TICS Au cours du développement du cerveau, 1 enfant sur 5 traverse une phase de TICS sans suite. Ces-derniers peuvent être aggravés par la fatigue, le stress, la répression émotionnelle et l’alimentation.

10 ans

On ne peut lui faire confiance Isabelle FILLIOZAT prend l’exemple d’un garçon faisant du vélo avec son ami. Il est tenté de transgresser les limites imposées. La transgression produit de l’excitation. Par ailleurs son statut social est en jeu. Comment aider notre enfant? En parler avec lui, induire un processus de réflexion et de prise en charge de son problème.

Il ne cesse de faire ce qui est interdit L’interdit incite à la transgression, l’enfant ne réfléchit pas à la situation. Se rebeller contre l’autorité, se sentir « libre » ne sont pas des attributs de mauvais garçons/filles, mais concernent tous les humains. Les interdits focalisent l’attention sur le comportement problème, alors que les règles et les permissions focalisent sur le comportement désiré. Essayons de reformuler les phrases en termes de permissions, d’informations.

L’enfant déteste les limites, mais adore les règles La vie en communauté nécessité des règles, un cadre qui ne nous imposent pas des limites, mais permettent l’organisation. Il n’est pas question pour les parents de faire ce qu’ils défendent à l’enfant. Sinon l’interdit sera associé à un sentiment d’impuissance et d’infériorité. En cas de transgression des règles, on en parle en famille, sans jugement ni « tribunal ».

Il fait comme s’il n’entendait pas Avons-nous compté combien d’ordres un enfant reçoit au cours d’une journée? La soumission aux ordres est importante en cas d’urgence (danger). En dehors les ordres sont contre-productifs. Il faut mobiliser le cerveau frontal de l’enfant en attirant son attention sur l’objet à déplacer (par exemple), sans ordre, ni phrase et rester bref pour gagner en efficacité et sérénité.

Félicitations = récompenses Elles ne donnent pas confiance, mais développent le narcissisme. Essayons plutôt de décrire ce qu’on apprécie chez l’enfant (son action) pour développer le sentiment de confiance en soi. Pour lui permettre de vivre sa fierté, demandons lui, par exemple, ce qui lui a fait plaisir dans telle ou telle situation.

11 ans

Il jette ses affaires n’importe où 

Accusations et recherches du coupable gaspillent notre énergie. Nous avons vu que les ordres ne sont pas plus efficaces. Alors? Décrire simplement ce que nous voyons nous évite de prendre un ton coléreux, ne mobilise donc ni notre propre amygdale, ni celle de l’enfant et guide son attention vers le problème.2

L’enfant va donc réfléchir par lui-même et prendre la décision appropriée.

Jeux en ligne violents Ces jeux sont excitants pour les enfants. L’addiction n’est pas seulement réservée aux enfants dépressifs ou à problème. Le contrôle parental est donc indispensable. Isabelle FILLIOZAT conseille de placer l’ordinateur dans une pièce commune, et sans casque, de rester attentifs et surtout de rechercher d’autres activités et sources de satisfaction.

Conclusion

Donner de l’amour nous en remplit !3

Si les enfants nous frustrent, ils ne le font pas intentionnellement pour nous provoquer ou nous énerver. Ils vivent juste leur vie. Essayons de ne pas réagir exagérément (ne pas projeter notre stress sur l’enfant) et de montrer l’exemple : je ne peux pas reprocher à mon enfant de faire des crises, si je ne suis pas capable de maîtriser mes nerfs. Nous sommes donc responsables de notre conduite vis à vis de nos enfants, quelle que soit la manière dont eux se conduisent. Isabelle FILLIOZAT développe d’avantage ce point dans son livre, sans culpabiliser les parents. Alors n’hésitez plus, et lisez le !

*Source : « Il me cherche ! »Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans, Isabelle FILLIOZAT, Éditions Poche Marabout janvier 2016 – 1 : page 126 – 2 : page 165 – 3 : page 178

Comprendre nos enfants entre 6 et 11 ans (partie 1)

Cet article se base sur l’excellent livre d’Isabelle FILLIOZAT (psychothérapeute, à retrouver dans nos sources d’inspiration juste ici) : « Il me cherche ! » Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans*, dans lequel elle nous donne différentes clés de compréhension. Quand on comprend ce qui se passe, il nous est plus facile d’agir de manière pertinente et efficace ! Son livre est un projet pédagogique qui décrit différentes situations du quotidien, la manière dont l’enfant ressent cette situation, ce qui se passe dans son cerveau, et comment nous pouvons agir.

Très facile à lire, cet ouvrage permet véritablement de décrypter le message de l’enfant et d’identifier son besoin. J’ai pu immédiatement le mettre en pratique, et comprendre certaines émotions et réactions de Zoé (née en 2010) puis essayer d’y répondre de manière adéquate. Cela a également permis d’éviter certains conflits avec Cathy (sa grande sœur, née en 2003) et avec nous, les parents, quand on comprend ce qui se passe dans le cerveau !

⇒ L’enfant n’est pas un adulte en miniature. Or nous avons tendance à reprocher à notre enfant de ne pas se comporter en adulte. Nous attendons de nos enfants des comportements qui ne sont pas de leur âge.

Parce qu’on ne connaissait que très peu de choses sur le cerveau, nos ancêtres, nos parents, ont pu croire à l’innocuité de l’éducation par la crainte. C’est maintenant prouvé, l’exposition au stress au cours du développement, perturbant les niveaux d’hormones, entraîne des modifications de la structure du cerveau. […] il est urgent de choisir un mode éducatif non-violent.1

⇒ Les émotions ne sont que des émotions qui surgissent et qui passent, pourtant elles nous inquiètent et nous désarment. Nous avons juste à les écouter et les accueillir.2

L’une des principales clés données par Isabelle FILLIOZAT est la véritable attention : l’auteure indique qu’il est essentiel de passer entre 10 et 20 minutes par jour avec nos enfants. Il s’agit d’une attention à 100%, sans penser à la liste de courses, au travail, au ménage qu’il reste à faire etc. Quand le cœur n’y est pas, cela se ressent. Cela m’a particulièrement interpellé ! Ma 1ère pensée a été : « mais bien sûr que nous passons au moins 20 minutes avec nos enfants. » Mais soyons sincères : nos journées sont bien (trop?) remplies (entre travail, école, devoirs et tâches quotidiennes). On ne parle pas non plus du dîner pris en famille devant la télévision qui empêche la communication. Nos enfants ne méritent-ils pas de leur consacrer un minimum de temps ?

Partie 1 : Accueillir les émotions

Enfant en crise C’est la traduction du stress dans son cerveau. Coups et menaces stoppent les crises uniquement parce que l’enfant est figé, pas parce qu’il est calmé ! Changeons de perspective : le comportement de l’enfant est peut-être un symptôme ? Que se passe-t-il chez l’enfant ?

Pour l’aider à calmer le stress dans le cerveau : privilégier le contact physique, la tendresse, la respiration, lui proposer un verre d’eau. Pour affronter le stress de la vie quotidienne, un enfant entre 6 et 11 ans, a besoin de beaucoup de contacts physiques pour se recharger en dopamine, sérotonine, ocytocine (molécules de la joie, sérénité, du bonheur).

Enfant agressif C’est la réaction à un problème. L’enfant ne se dit pas « Je vais agresser mes copains ou mes parents ou mon frère parce qu’alors on s’occupera de moi ».

Pour pouvoir changer de comportement, il faut que le problème soit identifié et résolu. D’abord on calme le stress en donnant toutes sortes de manifestations d’attachement à notre enfant. Le parent est comparable à une station essence : c’est une base pour remplir le réservoir affectif de l’enfant et le recharger en molécules du bonheur !

Rien ne peut être changé, ni même analysé et compris, dans une atmosphère de tension et de défiance. La première étape est de faire en sorte que chacun, tant l’adulte que l’enfant, soit partenaire dans le changement.3

Face à l’agressivité, si le parent est fâché ou pire, s’il est distant ou ne prend pas le temps, le réservoir de l’enfant se vide induisant du stress, et donc de l’agressivité ou le retrait de l’enfant.

Un autre facteur à considérer est le sucre dans l’alimentation de l’enfant : ce n’est pas seulement un risque d’obésité, il perturbe aussi l’attention et peut rendre agressif.

En rage à la moindre frustration Toute la journée un enfant réprime ses émotions, et tout comme les mammifères, il ne se libère de ses tensions que face à sa figure d’attachement. Ce processus n’est pas conscient. L’enfant ne se dit pas « je vais exprimer mes tensions à ma maman » mais plutôt « je me sens protégé avec ma maman, je peux lui montrer mes émotions ».

Comme indiqué précédemment, il faut d’abord remplir le réservoir affectif de notre enfant, puis se demander quel est le traumatisme ou le souci à l’origine de cette accumulation de stress ? A nous d’explorer toutes les pistes : par exemple la mésentente du couple parental, la violence d’un parent, un décès, une naissance, l’injustice entre enfants etc.

Attirer l’attention 

Quand un enfant est inquiet, anxieux, ou se sent seul, exclu, ou simplement s’il s’ennuie, ses circuits cérébraux sont en détresse. Son cerveau a besoin d’ocytocine (…).4

Ne pas confondre ennui (imposé par une situation de contrainte) et inactivité (bénéfique pour le développement).

Sans attention du parent, le stress augmente dans le cerveau ce qui provoque une montée d’énergie (impulsion à bouger, courir, voir taper). A nous parents de nous rendre disponibles pour satisfaire le besoin de l’enfant. Si nous devons terminer une tâche, prenons quelques secondes et expliquons : « On dirait que tu t’ennuies ? Je termine ce que j’ai à faire et nous faisons un jeu ensemble si tu veux ? En attendant veux-tu faire un dessin / puzzle ? » (et surtout on s’y tient !)

Il ne nous viendrait pas à l’esprit de dire à notre enfant « tu as faim ? alors tu n’auras pas à manger » ou en d’autres termes « tu as besoin de moi ? mais je n’ai pas le temps pour toi ».

Punitions et isolement Mettre un enfant à l’isolement pour qu’il réfléchisse n’a pas de sens, puisqu’il en est seulement capable à partir de 13/14 ans. En cas de mauvais comportement, on ne s’éloigne pas de notre enfant pour qu’il comprenne qu’il a mal agit, mais on s’en rapproche et on fait preuve de tendresse (même si le poids de l’idéologie de masse nous impose de punir) :

(…) l’amour n’est pas une récompense, c’est un carburant.5

Petits soucis Quelle est notre réaction face à la perte d’une gomme ? à une dispute avec son ami(e) ? Prenons notre enfant au sérieux, montrons notre intérêt, sans résoudre le problème sinon nous l’empêchons de le démêler par lui-même. Et surtout pour ne pas lui faire perdre confiance en lui, laissons notre enfant s’exprimer librement, se plaindre s’il a un(des) souci(s). Il a le droit d’exprimer sa peine et n’est pas obligé d’afficher constamment un sourire pour plaire à tout prix à papa et maman.

Mon enfant veut toujours gagner C’est important pour restaurer son pouvoir personnel, parce qu’il se sent impuissant. Naturellement l’adulte est plus fort que l’enfant. Ce-dernier a donc besoin d’engranger un sentiment de puissance et compétence, pour prendre suffisamment d’assurance et apprendre ensuite à perdre face aux copains. Pour cela, les parents montrent comment on fait pour perdre ! Je ne suis pas en compétition avec mon enfant de 7 ou 11 ans.

A suivre Partie 2 : A chaque âge ses spécificités (avec des exemples et situations concrètes du quotidien)

J’espère sincèrement que les pistes développées par Isabelle FILLIOZAT vous seront utiles au quotidien, et surtout que cela aura suffisamment éveillé votre curiosité pour acheter le livre. A découvrir également :

J’ai tout essayé ! Pour traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans

*Source : « Il me cherche ! » Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans, Isabelle FILLIOZAT, Éditions Poche Marabout janvier 2016 – 1 : pages 25-26 – 2 : page 76 – 3 : page 39 – 4 : page 44 – 5 : page 50

IEF, un choix qui fait peur ?

L’entourage est souvent inquiet, voire désapprouve le choix de l’instruction en famille (pour savoir pourquoi nous avons choisi l’IEF, retrouvez notre 1er article). Quelles peuvent être ces inquiétudes ?

Comment allez-vous faire pour sociabiliser vos enfants s’ils ne vont pas à l’école ? Un enfant sans école n’a pas de vie sociale…

Tout d’abord, il n’est pas naturel de côtoyer uniquement des enfants du même âge, en les regroupant par classe ou groupe d’âge, favorisant notamment l’esprit de compétition. Dans la « vraie vie », nous vivons au quotidien avec des personnes de tous âges (travail, conjoint, famille, amis, voisinage etc.)

Un enfant apprend naturellement en côtoyant des « grands » que ce soient des enfants plus âgés, des ados, des adultes, des seniors. Il est également un repère voire un soutien pour les plus petits.

L’échange intergénérationnel n’est pas présent dans nos écoles classiques. A tel point que certains enfants ont peur des « grands », et que les « grands » en jouent et sont parfois méchants avec les plus jeunes.

Par ailleurs, il est indispensable que les parents en IEF apportent un environnement riche et varié à leur(s) enfant(s) en proposant des activités (musique, théâtre, sport…), rencontres (familles, amis, commune…) etc pour entretenir une vie sociale riche.

Comment un enfant qui ne va pas ou plus à l’école peut-il s’adapter à sa vie future qui n’est pas facile (hiérarchie au travail etc) ?!

En sortant nos enfant du système scolaire classique, nous espérons leur apporter une autre vision du monde. Il n’est pas question de vivre reclus sur nous-mêmes et d’éloigner nos enfants des difficultés de la vie. Au contraire, sans le formatage scolaire et la « pensée unique », nous sommes peut-être mieux préparés pour appréhender le monde ? Quelle meilleure école pour apprendre la vie que la vie elle-même ?

L’école actuelle me fait penser à une pépinière, où tous les élèves sont comparables à des plantes en pot. Comme les plantes, ils reçoivent les mêmes quantités d’enseignement (eau) pour grandir. Certaines plantes grandiront plus que d’autres. A la fin de la scolarité, on leur dit : « ça y est ! vous êtes libres ». Or comment une plante « cultivée » en pot peut-elle vivre librement dans un champ ou dans la nature ? Comment nos élèves gardés bien à l’abri dans nos écoles (où on leur dit à chaque instant ce qu’ils ont à faire et comment le faire), peuvent-ils penser par eux-mêmes et être à l’aise dans la « vraie vie » des adultes ?

A ce jour, nous n’avons pas toutes les réponses aux questions et inquiétudes. Le changement fait peur. On doute parfois, mais finalement qu’est ce qui prime : l’avenir de nos enfants ou l’idéologie de masse ?

Notre objectif, je le rappelle, est tout simplement d’accompagner nos filles et leur permettre de (re)devenir enthousiastes, épanouies, autonomes et actives !

Enfin, pour vous apporter un autre regard sur l’éducation et, se placer du point de vue du besoin de l’enfant, je vous invite à regarder cette vidéo de Thierry PARDO, titulaire d’un doctorat en éducation (à retrouver dans nos sources d’inspirations). Petit conseil : Prenez-vous le temps pour cette vidéo de 37 minutes (que vos enfants soient scolarisés ou non, les idées développées sont très intéressantes).

Ecoles alternatives ou alternatives à l’école ?

Telle est la question que nous nous sommes posée. Voici pourquoi et comment nous avons fait notre choix :

En janvier 2018, nous avons constaté le mal-être grandissant de Zoé (7 ans, CE1). Elle n’a jamais aimé l’école (beaucoup de pleurs depuis la maternelle). Chaque séparation est vécue comme un déchirement. La seule réponse qui nous est donnée est que l’enfant va s’y faire, elle va bien finir par s’adapter.

Difficile pour nous de répondre aux questions de Zoé : « Pourquoi l’école nous sépare-t-elle des parents ? Ce n’est pas naturel que des étrangers s’occupent des enfants. C’est aux parents de le faire. Maman, pour moi l’école est une prison. On est enfermé et on a des toutes petites récréations. Tu me manques… » Nous entretenons le dialogue et essayons de répondre de manière bienveillante à son mal-être persistant.

Néanmoins Zoé développe des maux de tête, de dos et chutes de tension. Les médecins nous disent que notre fille n’a rien. La maîtresse constate également que Zoé n’est pas bien, pour autant elle n’est pas en échec scolaire.

Plusieurs RDV chez l’étiopathe soulagent enfin notre Zoé de ces maux de dos et de tête : 2 cervicales, 1 dorsale et 2 lombaires déplacées. Zoé est dans un état de stress tel qu’on peut le constater chez un adulte !

Nous devons prendre une décision, elle ne peut rester comme ça. Changer d’école ? Oui mais pas dans une école « classique » qui ne changerait en rien le stress éprouvé par l’enfant. École alternative donc, puisqu’il n’y a pas d’autres choix, non ? Au printemps, nous découvrons le concept des écoles démocratiques, dont une ouverture d’école serait prévue en janvier 2019 près de chez nous. Une école libre, sans enseignants mais avec des accompagnants. Comment ça marche ? Nous découvrons les apprentissages autonomes (article à retrouver ici). Une révélation pour nous qui pensions que le seul moyen d’apprendre était d’aller à l’école…

Après plusieurs mois de recherches, lectures, réflexions (voir nos sources d’inspiration ici) et beaucoup, beaucoup de discussions, nous décidons de tenter l’aventure de l’instruction en famille (IEF) avec son lot de chamboulements de notre vie quotidienne. Il n’y a pas de « recette type ». On s’adapte au rythme de l’enfant qui devient moteur et acteur de son savoir. Zoé a été ravie et soulagée par cette décision!

Cathy, la grande sœur, a quant à elle réfléchit aux choix qui se présentaient à elle. Elle devait entrer en 2nde mais a finalement fait le choix de l’IEF. Nous n’avons pas encore déterminé si nous allions suivre des cours par correspondance. A présent Cathy est libre : elle n’a plus la pression du temps, en fonction du métier qu’elle choisira (pour l’instant institutrice, à suivre donc…) elle passera les examens nécessaires quand elle sera prête. Nous espérons qu’elle gagnera en confiance en elle et qu’elle s’épanouira tout simplement.

Nous partagerons avec vous cette belle aventure dans laquelle nous sommes tous des apprenants (enfants comme parents!). En espérant qu’elle nous fasse grandir sur le chemin de la vie et pourquoi pas, qu’elle puisse inspirer l’un ou l’autre?