IEF et apprentissage informel

Le livre de Claudia RENAU, L’apprentissage informel expliqué à mon inspecteur* (à retrouver dans nos sources d’inspiration ici) nous a permis d’approfondir notre réflexion sur les apprentissages informels et autonomes. Elle aborde également le sujet (souvent angoissant) du contrôle annuel des familles en IEF (Instruction En Famille) par l’Éducation Nationale.

Dans son ouvrage, l’auteure démontre la légitimité (oui, oui l’instruction en famille est un droit) et l’efficacité des apprentissages informels et non-contraints, en se basant sur des réflexions et recherches universitaires de spécialistes en sciences de l’éducation, ainsi que des témoignages de familles qui expérimentent ce mode de vie.

Qui est Claudia RENAU ?

Enseignante d’histoire et de géographie dans le secondaire pendant 10 ans, elle est ensuite devenue formatrice pour futurs enseignants à l’IUFM de Paris.

Désormais éditrice, active dans les réseaux de l’instruction en famille et passionnée par l’efficacité des apprentissages autonomes et informels, elle propose un livre reliant ces deux univers qui paraissent pourtant opposés.

A mon sens, il est particulièrement intéressant d’avoir la vision de personnes issues du milieu de l’enseignement, sur l’apprentissage informel qui est en opposition à l’apprentissage imposé/contraint (que nous avons expérimenté pendant notre scolarité).

C’est quoi l’apprentissage informel ?

Parmi les modalités non scolaires, il existe l’apprentissage informel. C’est tout simplement un apprentissage sans démarche consciente ou explicite. Citons comme exemples qui nous concernent tous : la marche, le langage, l’empathie, notre façon de vivre…

Il prend place dans un environnement riche et varié (parents, société, monde). Tout est « une porte d’entrée vers des apprentissages car tout est relié : reconnaître les plantes dans la nature permet d’aborder la biologie mais aussi le langage, la géographie (…). Confectionner un gâteau, c’est faire des mesures (…) calculer des proportions (…). Suivre un itinéraire (…) permet d’acquérir le sens de l’orientation »1. On est avant tout dans une démarche interactive parents-enfants, et je dirais même enfants-vers le monde qui l’entoure.

Ce type d’apprentissage permet de préserver des connaissances pérennes et bien assimilées, accompagnées d’une aisance et rapidité par rapport aux règles apprises artificiellement (et dans la contrainte !)

L’école survalorise le métalangage, le discours sur le langage. Par exemple, lorsqu’on demande à un enfant de 8 ans de conjuguer un verbe au présent, le savoir testé porte sur les termes « conjuguer » « verbe » et « présent », et pas au savoir effectif. En effet, un enfant de 8 ans sait parler et sait donc conjuguer de fait.2

« Apprentissage informel ne s’oppose pas à formel, mais à apprentissage contraint »3. L’enfant est le moteur de ses apprentissages, il explore, expérimente. C’est ce qu’on appelle : apprentissages autonomes.

Le rôle des parents

Il est important de ne pas avoir d’attentes, ni de vérifier ou de tester l’enfant « Comment as-tu appris ceci ? Sais-tu ce qu’est cela ?».  En effet, en tant qu’adulte nous avons l’impression de devoir constamment instruire nos enfants. D’ailleurs « quand un adulte pose une question, il enseigne, quand un enfant pose une question, il apprend. »4. Sachons simplement et en toute humilité répondre de manière claire et précise à notre enfant, quand nous y sommes invités et sans en faire de trop.

Il ne s’agit pas non plus de l’obliger ou le contraindre à apprendre, mais lâcher prise et FAIRE CONFIANCE à son enfant (vaste programme !) Tout cela préserve la confiance en soi de l’enfant et le plaisir de la découverte, l’appétit d’explorer ! Le plaisir et la joie intense lorsqu’il réussit par lui-même !

D’après les spécialistes en sciences de l’éducation5, il est nécessaire de se baser sur la motivation à apprendre de l’enfant (oui, oui un enfant est motivé par son apprentissage), celui-ci étant ainsi acteur et constructeur de son savoir. Que faire ?

  • Proposer des activités qui font sens
  • Consacrer du temps
  • Ne pas enfermer des enfants du même âge dans des groupes/classes, pour éviter la compétition et la mésestime de soi, les notes ne servant qu’à classer, et non à apprendre.

Préserver le goût et l’enthousiasme d’apprendre tout au long de sa vie 

Il ressort des travaux universitaires et des témoignages6 qu’on apprend facilement quand on est prêt pour un apprentissage car il fait sens pour nous. Ainsi l’apprentissage à contretemps est un apprentissage inutile. A nouveau un exemple qui nous concerne tous : à l’école, à part les sujets qui nous ont passionnés, ou qui nous sont utiles dans notre quotidien (travail etc.), nous n’avons que peu de souvenirs de tous les apprentissages purement scolaires. Et oui, les élèves ont des connaissances à l’instant T, au moment du contrôle, et oublient rapidement ce qui ne leur est pas utile.

On pourrait se dire, certes ces connaissances sont oubliées, mais cet enseignement a servi à donner de bonnes habitudes de raisonnement. Or quand on observe un enfant, il a de façon spontanée des bonnes habitudes de raisonnement, à condition de l’avoir laissé grandir et découvrir à son rythme, avec confiance et sans peurs.

Il vaut mieux apprendre les éléments pointus au moment où on en a réellement besoin (pas forcément à l’âge imposé par un programme, mais cela peut être bien plus tard), sinon ils seront vite oubliés. Encore un exemple concret : le calcul de l’aire semble bien abstrait pour nos collégiens ou lycéens, or ce calcul s’avère indispensable pour peindre une pièce.

Il en va de même dans le monde du travail : Comment acquiert-on les nouveaux savoirs ?7

  • 70% par les activités, les expériences et la résolution de problèmes
  • 20% par les contacts et les interactions avec les autres
  • 10% par la formation formelle et la lecture

On apprend vite quand c’est le bon moment, et quand on est intéressé !

Contrôle annuel de l’Éducation Nationale

Les familles en IEF sont contrôlées, en général une fois par an, par l’Éducation Nationale, le contrôle ayant pour but de « vérifier que l’enseignement assuré est conforme au droit de l’enfant à l’instruction ». En théorie, ce ne sont donc pas les résultats de l’instruction qui seront contrôlés, mais bien les moyens mis en place pour cette instruction.

L’objectif, selon Claudia RENAU, est d’avoir un dialogue constructif entre les parents et la personne en charge du contrôle (ce qui n’est malheureusement pas toujours évident, au vu des témoignages que j’ai pu découvrir). La famille peut faire un compte-rendu sur les activités faites dans l’année, sorties et ressources utilisées, sur les éléments abordés en utilisant éventuellement la grille des compétences et connaissances comme base de présentation.

Par ailleurs, lors de ce contrôle, il est prévu entre autres l’observation des travaux réalisés par l’enfant avec un entretien. Cependant il faut être conscient que les questions posées par l’inspecteur peuvent être intrusives : un enfant moteur de son rythme et de ses sujets d’apprentissages, n’est pas habitué à restituer de façon artificielle. Cela n’a pas de sens pour l’enfant, quand il connait une chose, il la connait pour lui, pas pour autrui.

Pour conclure, je vous recommande sans hésiter le livre de Claudia RENAU qui permet de comprendre d’avantage l’univers passionnant de l’IEF et des apprentissages. On retrouve également de nombreux conseils et témoignages (notamment sur le déroulement des contrôles pédagogiques) sur les blogs spécialisés, notamment celui d’Isa LISE Apprendre avec bonheur avec un article consacré à ce sujet juste ici.

A présent place au plaisir d’apprendre !

*Source : L’apprentissage informel expliqué à mon inspecteur, Claudia RENAU, Éditions l’Instant Présent juin 2012 – 1 : page 10 – 2 : page 32 – 3 : page 10 – 4 : page 30 – 5 : pages 12 à 20 – 6 : page 27 – 7 : page 20

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