Éduquer sans enseigner, la clé du succès ?

Telle est la thématique de la conférence-débat de Thierry Pardo à laquelle nous avons participé le 29 septembre à Montauban. Pour rappel, Thierry Pardo (père de 2 enfants) est titulaire d’un doctorat en éducation et spécialiste des alternatives éducatives. Auteur de plusieurs livres dont Une éducation sans école (à retrouver dans nos sources d’inspiration), nous avons eu droit à une jolie dédicace qui nous accompagne désormais dans notre belle aventure ! C’est une personne très accessible, qui a été au contact de tous les participants souhaitant lui parler. Vraiment une très belle rencontre avec de beaux échanges !

Vous retrouverez également l’une de ses remarquables interventions dans notre article sur l’IEF juste ici.

Voici quelques points abordés lors de la conférence  :

Aujourd’hui, nous sommes convaincus que l’apprentissage est le résultat de l’enseignement. L’école nous apprend qu’il n’y a qu’à l’école qu’on apprend. Or l’apprentissage est le résultat de la vie. On ne peut être vivant et conscient sans être continuellement en train d’apprendre.

Thierry Pardo fait un comparatif entre l’éducation et l’agriculture en 3 étapes :

1. D’abord nous avions, entre autres, des coins à blé ou à champignons qui poussaient librement dans la nature. En éducation cela est comparable à l’accueil du jeune enfant dans un couple, c’est l’Histoire de l’humanité.

2. Ensuite l’Homme a décidé de regrouper les cultures et d’en faire des champs de blé pour faciliter la cueillette. En éducation cela ressemble bien au système scolaire qui regroupe les enfants « par date de fabrication ».

3. Enfin, l’Homme a ajouté des intrants chimiques passant ainsi à une agriculture pétrochimique (= agriculture « normale »). De nos jours, nous avons fréquemment recours à l’utilisation de médicaments pour les enseignants et les enfants.

Cela génère 3 grands dangers :

1. La confiscation du vocabulaire. Les agriculteurs ont réussi à se réapproprier le vocabulaire en parlant de permaculture ou d’agriculture bio pour des pratiques plus naturelles. Or nous n’avons pas de vocabulaire dédié à l’éducation « naturelle » hors école. Pour un chasseur, on ne parle d’un « non-pêcheur ». Mais pour les personnes pratiquant l’IEF, on parle de « non- scolarisé » ou de « déscolarisation ».

2. La croyance que c’est l’agriculteur qui fait pousser le blé. Il en va de même pour l’éducation : on croit que c’est l’enseignant qui fait apprendre et grandir l’enfant.

3. La création d’une science : l’agronomie qui aide l’agriculteur, et non le blé (on n’a jamais vu un grain de blé assister à un cours d’agronomie). Nous avons aujourd’hui des sciences éducatives qui sont au service des enseignants et non des enfants.

Vivre c’est créer de l’apprentissage ! Nous sommes convaincus de l’intelligence animale et végétale : les arbres s’avertissent par les réseaux racinaires de la présence de parasites. On a également un exemple tout à fait remarquable (et presque incompréhensible) d’un être mono-cellulaire qui apprend et transmet sans cerveau : le blob Physarum. Il en est de même pour nous : nous sommes des apprenants de nature. Notre cerveau est conçu pour apprendre, sans contraintes d’apprentissage mais avec des interactions avec notre entourage !

Plus le maitre enseigne, moins l’élève apprend. Confucius (-500 av J-C)

Alors quel est notre rôle en tant que parents ? Réponse : créer un environnement éducatif favorable. Nous le savons : la graine pousse seule, à condition d’avoir les ressources nécessaires à disposition. Thierry Pardo nous donne les clés de cet environnement :

  • Temps et espace libres. L’enfermement a des répercussions catastrophiques sur le développement des enfants. Une étude* a été menée sur des enfants de 8 à 12 ans et des athlètes de haut niveau. Résultat : les enfants ont des capacités de récupération équivalentes voire meilleures que les athlètes.
  • Interactions fertiles. Cela génère nécessairement plus de bienveillance : un bébé vient au monde sans préjugés.
  • L’enfant est un « apprenaute» grâce au processus d’observation et d’imitation.
  • Rapport interstructuré à la connaissance :

L’enfant a besoin d’entretenir un rapport interstructuré à la connaissance : Cela signifie que l’enfant ne peut réaliser d’apprentissage durable et authentique si le contenu des connaissances lui est déversé de façon hétérogène. L’enfant a besoin de s’approprier le savoir en le structurant lui-même par manipulation, en le réutilisant de façon efficace dans un environnement chargé de sens. Alors le savoir s’inscrit durablement et sera mobilisable en cas de besoin.*

A la fin de son intervention, Thierry Pardo nous a confié une anecdote au sujet d’un jeune garçon unschooler, participant à l’une des nombreuses activités organisées avec des enfants non-scolarisés. Une passante leur a demandé en voyant ce groupe d’enfants : « Vous n’allez pas à l’école ?! ». Réponse de ce jeune : « Mais on n’a pas le temps ! ». Laisser nos enfants explorer la vie est finalement le plus beau des cadeaux. Il y a tant à faire et à découvrir !

Questions posées par les participants à la fin de la conférence :

Qu’est ce qu’un environnement qui fait sens ? C’est un environnement logique, bien souvent en opposition à un programme scolaire imposé. Thierry Pardo nous a raconté une anecdote très parlante : un enfant participant à une sortie regarde différents animaux, et lorsqu’il voit des cochons, dit à l’intervenant : « le mercredi, mamie fait des frites ! ». Cela n’avait aucun sens dans ce contexte. On ne sait pas vraiment quel a été le cheminement mental de l’enfant pour en arriver là. Cela a autant de sens lorsqu’un enseignant dit à ses élèves : « aujourd’hui nous étudions la 2nde guerre mondiale ! ».

Comment agir avec un enfant dyslexique ? Si notre enfant a des faiblesses (au vu des normes de la société) travaillons avec ses forces et arrêtons de le comparer ! Sinon on détruit sa confiance en lui. Nous devons être du côté de notre enfant qui va toujours tout faire pour plaire à son référent primaire, quitte à souffrir. Soyons vigilants et évitons d’avoir des attentes vis-à-vis de nos enfants.

Comment faire pour qu’un enfant apprenne si on le laisse choisir ses occupations ? Jouer c’est apprendre. Un bébé est programmé pour apprendre la langue, le lien social etc. Nous avons donc tous un élan naturel qui nous pousse à l’apprentissage au quotidien. Avec enthousiasme et sans contraintes, on n’oublie pas, contrairement aux apprentissages contraints qu’on ne retient pas.

Je n’ai pas les moyens financiers de faire l’IEF. Thierry Pardo a fait le calcul : par exemple pour le Québec, un salarié qui gagne 1500$ ne va « perdre » que 300$ au réel s’il arrête de travailler. Car travailler coûte cher entre les frais de garderie, école, voiture, assurances etc. Au final c’est un choix de vie global, qui demande certes de réduire les coûts, mais qui représente un gain énorme en qualité de vie. Fini les « dépêche-toi ! » qui est l’ordre le plus entendu par les enfants. Quand on est convaincu, on met tout en œuvre pour y arriver. Il faut s’inventer une vie qui va avec notre choix !

* Sources : étude enfants-athlètes http://theconversation.com/vos-enfants-courent-toute-la-journee-cest-parce-quils-ont-des-muscles-dathletes-endurants-95476 – Rapport interstructuré à la connaissance : THIERRY PARDO Mémoire remis au Ministre de l’éducation Montréal le 30-06-2017

2 thoughts on “Éduquer sans enseigner, la clé du succès ?

  1. Je suis tes articles avec grand intérêt, ma Nadine, et je constate qu’ils sont plus intéressants les uns que les autres ! J’ai réécouté également la conférence de M.Thierry Pardo – ça me fascine, mais je t’avoue aussi que ce processus de changement dans tout ce que nous avons vécu et ce qui nous a été inculqué jusqu’ici – c’est un sacré travail ! Effectivement, il faut réussir à changer toutes ses habitudes , en quelque sorte « retourner » sa vie, si je puis ainsi dire……chapeau bas pour toi d’avoir choisi, avec Christophe de te lancer dans l’aventure, pour offrir à vos filles chéries de nouvelles possibilités de s’épanouir !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *