Destination Unschooling

Il existe de nombreuses manières d’aborder le sujet des apprentissages lorsqu’on pratique l’instruction en famille : on peut choisir l’apprentissage formel (cahiers, manuels scolaires, cours par correspondance) et/ou opter pour l’apprentissage naturel de l’enfant sans enseignement : bienvenue dans le monde du unschooling ! Précédemment, nous avions déjà vu les apprentissages autonomes (par ici) et apprentissages informels (par ).

Le film et livre Être et devenir1 de Clara BELLAR nous permettent de plonger dans ce monde extraordinaire du unschooling ! Pour beaucoup de parents (comme pour nous) c’est une découverte totale, puisque nous avions appris qu’il n’y a qu’à l’école qu’on apprend. Alors comment un enfant pourrait-il apprendre sans école et sans enseignement ?!

Pour trouver une réponse, posons-nous d’abord la question : Pourquoi une société scolarisée a tant de mal à imaginer des apprentissages naturels et autonomes ? Comment se fait-il qu’un enfant sans école apprenne à marcher et à parler mais tout d’un coup serait incapable d’apprendre à compter ou écrire ? Pourquoi ne croit-on pas une personne apte à choisir son activité parmi ses centres d’intérêts ?

On le sait, les enfants sont des « machines à apprendre ». Dès lors pourquoi faudrait-il imposer des matières et des temps d’apprentissages, alors que notre cerveau est programmé naturellement pour apprendre ?

Se « déscolariser »

Nous avons été « formatés », il faut donc d’abord déscolariser les parents, changer de paradigme, de regard. Je pense que c’est cela le plus difficile et finalement le cœur du « problème » ! Les maîtres-mots en unschooling sont « trust and wait » = confiance et patience (Naomi Aldort2). C’est la base. Nous, parents, éducateurs, avons tendance à avoir des attentes, espérons l’émergence d’une ou plusieurs passions chez notre enfant, ou pire le comparons aux autres, aux « normes attendues ». Or c’est nocif pour lui, et détruit sa confiance. Le parent doit donc faire un travail sur lui avant tout, se remettre en question. D’ailleurs faire le choix du unschooling découle d’une réflexion globale : il ne s’agit pas seulement de l’éducation de notre enfant, mais de notre manière d’être dans le monde, de vivre !

Alors oui, c’est difficile de faire face au regard des autres, aux remarques : « mais vous ne suivez pas un programme ? votre enfant devrait savoir faire ceci ou cela ! » Il faut alors se dire 2 choses : on n’a jamais fait grandir quelqu’un en le mesurant. Arrêtons la comparaison et les attentes vis-à-vis de notre enfant. Puis, posons-nous la question : si nous étions sur une île déserte, à quel point serions-nous gênés que notre enfant soit comme ceci, ou comme cela ? Une fois que l’on s’est posé cette question, on a fait la paix avec la thématique de la comparaison (Thierry Pardo3, à retrouver juste ici).

Confiance en soi

Ainsi pour pouvoir faire confiance à son enfant, il faut donc avoir confiance en soi ! C’est logique me direz-vous. Mais comment fait-on si, comme moi, on est une maman qui n’a pas vraiment confiance en elle ? Il faut déjà avoir confiance dans ce qu’on fait ! Aujourd’hui je peux affirmer que notre choix de vie nous correspond, parents comme enfants (oui il y a des doutes et des questions parfois, mais la joie est présente, cela se ressent en soi et chez les enfants). Ensuite il nous faut avoir confiance en la capacité d’apprendre de l’enfant. Elle se cultive en parlant en famille, avec d’autres parents d’enfants non-sco et en étant attentif à ce qu’exprime son enfant, en restant connecté à lui ! Cela demande un travail sur soi mais la justesse de l’action donne beaucoup d’énergie (Claudia Renau4). Partage et connexion à l’autre permettent de changer, de se construire. C’est donc l’interaction avec nos enfants qui nous permet de gagner en confiance, mais surtout qui les aide à se construire !

Nous sommes donc dans un cheminement de pensées global : il ne s’agit plus d’une question d’aller ou non à l’école, mais de se réapproprier sa vie et sa confiance en soi, pour les enfants comme les parents.

Apprendre sans contraintes

En unschooling, l’enfant apprend comme il le souhaite, sans contraintes. Beaucoup diront que cela n’est pas la « vraie vie », que l’école apprend à se soumettre aux règles. Effectivement, l’école a été créée pour enseigner la discipline et l’obéissance à une hiérarchie.

Un peu d’Histoire pour comprendre : en 1870, la Prusse inflige une défaite à la France. Il faut donc former des militaires plus obéissants et disciplinés, c’est pourquoi on crée l’école de Jules Ferry. Il faut instaurer un sentiment d’appartenance patriotique (nécessaire aussi pour la colonialisation des « races dites inférieures » par J. Ferry5), puis un esprit de compétition et de comparaison, ainsi que d’exécution des ordres nécessaire pour le secteur militaire, et industriel (travail en usine).

Or en unschooling et sans école, on apprend également à se conformer aux règles de vie, de courtoisie, en famille et dans la société, lorsque ces règles font sens. L’enfant n’est donc pas face à des règles arbitraires hors contexte. Il se sociabilise et vit avec des enfants et adultes de tous âges. En effet, il n’est pas forcément pertinent de retirer l’enfant du monde (en le mettant à l’école) pour le préparer au monde !

Par ailleurs, pour faire face au marché du travail, le bagage le plus solide est la confiance en soi, et savoir apprendre par soi-même. Le monde d’aujourd’hui n’est pas nécessairement celui de demain. Nous le constatons, il change sans cesse. Il faut savoir faire preuve d’adaptation ! L’école est comparable à une course aux notes et aux diplômes. Elle a créé cet imaginaire collectif selon lequel il suffit d’avoir un diplôme pour travailler et réussir. Or ce n’est pas une assurance tout risque contre le chômage. Cela peut même nous pousser dans un métier qui ne nous convient pas. Nous l’avons vécu ou connaissons des personnes dans ce cas.

Pour autant, certains me diront qu’ils ont été « éduqués à la dure » et qu’ils ont appris ! Effectivement, nous apprenons même dans ces conditions car on ne peut faire autrement. Mais à quel prix ?! Les conséquences sur le développement cérébral sont graves : les zones du cortex préfrontal (dirigeant la pensée supérieure, l’exécution, l’action, l’apprentissage et la mémoire) ne se développent pas correctement. Alors que dans un environnement bienveillant (un simple regard attentionné suffit) ces zones créent beaucoup plus de connexions. Oui, on apprend dans un environnement stressant mais avec tellement plus de difficultés, avec l’intégration de mécanismes de manque d’auto-estime et d’auto-sabotage ! (Céline Alvarez6)

D’autres assurent qu’ils ont aimé l’école. C’est possible. Pour ma part, bonne élève, ma scolarité a été plutôt agréable. Pour autant, elle n’a pas été épanouissante. En me penchant sur l’IEF et le unschooling, je me suis aperçue que j’ai été une « bonne victime consentante » du système. Il n’y avait pas le choix. Il fallait faire ses devoirs, avoir de bonnes notes pour les appréciations des professeurs, voire des parents. J’attendais qu’on soit fier de moi, j’ai ainsi renoncé à une partie de moi-même pour devenir ce qu’on attendait de moi. Certains se reconnaitront peut-être… A présent, il faut refaire le chemin vers soi-même.

Résultats du unschooling

Les enfants unschoolers ont confiance en eux et une connaissance d’eux-mêmes. La joie est préservée tout comme cet élan naturel des apprentissages. Ce sont de « vrais » enfants ! Certains iront jusqu’au bac ou feront des études supérieures. D’ailleurs Joyce Reed, co-rectrice de Brown University, témoigne que les enfants non-sco ayant créé leur propre programme sont plus passionnés, plus actifs et plus ouverts. Ils vont vers le professeur, pour lui parler, l’interroger alors que les élèves sortis du lycée pensent que cela ne se fait pas.

Mais alors peut-on passer au unschooling à tout âge ? Oui il est possible de proposer des apprentissages informels quel que soit l’âge, mais il y a une période de transition lorsqu’on déscolarise nos enfants. En effet, il est difficile de se prendre soudain en main quand on a organisé toutes vos journées pendant des années, quand on vous a dit ce qu’il fallait faire, étudier et à quelle heure. Donc c’est anxiogène pour les parents de voir notre enfant perdu. Nous en faisons le constat avec nos filles. Mais nous leur laissons du temps pour se réapproprier leurs envies, leur(s) centre(s) d’intérêt(s). D’après les témoignages, le naturel revient avec un peu de temps. Patience donc… trust & wait.

D’accord mais comment approfondir un apprentissage ? Si mon enfant veut aller plus loin dans une matière, en tant que parent je n’ai peut-être pas les compétences ? L’un de nos amis nous disait que grâce à l’école il avait pu approfondir ses connaissances en mathématiques, et que sans école il n’y serait pas parvenu. Il faut simplement se dire que le parent a un rôle d’accompagnant. Il doit rendre le monde accessible à son enfant. Si celui-ci souhaite apprendre les mathématiques, ou devenir astronaute alors on recherche ensemble les ressources nécessaires (personnes, lieux, livres etc). Ce ne sont pas les adultes qui enrichissent les jeunes. Un astronaute n’a pas forcément des parents astronautes. L’apprentissage est un acte intime : chaque personne est moteur de son apprentissage !

Une autre vision de l’avenir

Pour conclure, depuis que nous avons découvert l’univers de l’IEF, et celui des apprentissages naturels, notre vision du succès a changé (comme pour beaucoup de parents qui témoignent dans le film). Elle n’est plus liée aux qualifications, au fait d’obtenir un diplôme à tout prix, de gagner de l’argent et de l’accumuler. Nous allons vers des idées et questions qui ont plus à voir avec l’équilibre et le bien-être de chacun (enfant comme parent).

Certains pensent peut-être que c’est totalement utopique de vivre en 2018 et de penser comme cela… Je répondrai simplement que c’est un état d’esprit qui se travaille et se cultive afin de ne pas vivre dans un monde de rapports de forces, de domination. Parents et enfants peuvent devenir des partenaires et non des adversaires. Vivre en harmonie, prendre soin de soi sont aussi des bases nécessaires pour nos enfants, pour leur permettre de choisir plus tard un monde professionnel non humiliant.

Enfin, pour ceux qui ont l’impression qu’on se « sacrifie » pour nos enfants en choisissant l’IEF, je peux assurer que ce n’est pas du tout un sacrifice pour moi. Certes il faut faire des choix notamment financiers, mais c’est une chance immense de pouvoir accompagner nos filles. A qui donnerait-on le meilleur de nous-mêmes si ce n’est à nos enfants ? Alors à nous d’inventer la vie qui va avec nos choix.

1Être et Devenir : Faire confiance à l’apprentissage naturel des enfants, Clara BELLAR, Éditions l’Instant Présent / 2Naomi ALDORT Auteure spécialisée en éducation des enfants, conférencière et thérapeute / 3Thierry PARDO doctorat en éducation / 4Claudia RENAU Enseignante pour l’Éducation Nationale et formatrice d’enseignants à l’IUFM ; actuellement éditrice aux éditions l’Instant Présent / 5Jules FERRY discours de 1885 http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/jules-ferry-28-juillet-1885 / 6Céline ALVAREZ Auteure et conférencière, linguiste de formation, ancienne professeure écoles

7 thoughts on “Destination Unschooling

  1. Je suis conquise par vos choix. Ma seule interrogation aujourd’hui est de savoir comment justifier du « travail » demandé pour le contrôle de l’EN chaque année.
    Merci à vous de nous faire partager cette belle aventure.
    Carol

    1. Merci Carol ! C’est un plaisir de partager notre aventure 🙂
      Pour le contrôle, je pense qu’il est important de bien le préparer, de faire notre projet pédagogique et de démontrer que les enfants sont instruits, puisque c’est l’instruction qui est obligatoire. Si on part du principe que nous apprenons tous les jours, alors il faut trouver le moyen de traduire cela en “langage EN”. Pour nous, ce sera le 1er contrôle cette année, donc nous verrons à ce moment, le but étant de rester dans un dialogue constructif avec l’EN. J’espère que cela sera possible 🙂

  2. C’est super intéressant comme sujet et l’article est très bien rédigé à ce propos. Belle ouverture à un mode de vie plus paisible en harmonie avec les enfants, qui sont avec vous, nous, les créateurs du monde de demain. J’adhère totalement à l’idée qu’il vaut mieux le vivre ainsi dès maintenant, au présent…que se dire plus tard, “ah ben mince j’aurai pu y penser avant”.
    Bonne continuation sur ce chouette chemin entrepris avec joie!

  3. Bonjour ! Je suis pour ma part en grand dilemme, car nous sommes parents de 4 enfants et nous adorons notre travail ! Pourtant je vois bien que nos enfants s’eclateraient certainement davantage en unschooling… même si nous sommes progressivement dans un vrai changement de paradigme sur de nombreux plans, j’ai du mal à envisager le fait de quitter mon emploi pour eux autrement que comme un sacrifice, qui risque du coup de leur peser autant qu’à moi ! Votre métier et tous les contacts sociaux qui allaient avec ne vous manquent-ils pas ? 🤔

    1. Tout d’abord merci de m’avoir lue Julie 🙂 pour être tout à fait sincère, mon ancien poste ne me manque pas du tout. Je suis restée en contact avec mes anciens collègues via Facebook ou message, pour ne pas les perdre de vue. Certains nous suivent même via notre page Facebook! J’ai rencontré de nouvelles personnes, d’autres familles en IEF, de nouveaux liens d’amitié se créent même avec certaines mamans. Je ne m’ennuie pas du tout et ne me sens pas isolée puisqu’on multiplie les sorties et activités. Donc niveau “socialisation” j’ai tout ce qu’il me faut 🙂 et puis l’IEF permet de changer notre rythme de vie, on gagne en qualité de vie lorsqu’on n’est pas constamment sous pression (stress, horaires à respecter etc.) Sans parler du fait que les enfants aiment cette nouvelle vie 😄 voilà mon ressenti. Cela vous apportera peut-être un autre regard sur l’IEF. Bonne continuation à vous! Au plaisir de vous lire 🙂

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