Neurobiologie et éducation

Je vous propose de découvrir l’intervention remarquable du Pr. Gerald HÜTHER (neurobiologiste*) au cours de laquelle il pose la question suivante : Pourquoi est-il si difficile de se débarrasser des schémas incrustés dans nos fonctionnements ? (ou en d’autres termes : pourquoi sommes-nous tels que nous sommes ?). Excellente vidéo* à retrouver en fin d’article et dans nos Sources d’inspiration.

Notre impact sur les tout-petits

Nous ne naissons pas avec notre état d’esprit actuel. Alors comment s’installe-t-il en nous ? Une étude extraordinaire nous démontre que beaucoup de schémas actuels de pensées sont transmis à nos proches, et surtout à nos enfants, alors que nous n’avons même pas conscience de cette transmission.

Quelle est cette étude ?

Des enfants de 6 mois sont placés devant un écran qui montre plusieurs scènes d’un dessin animé.

1ère séquence : on y voit une colline au pied de laquelle arrive un bonhomme jaune. Il essaie de gravir cette colline avec beaucoup de difficultés, et arrive enfin au sommet.

2ème séquence : toujours cette même colline et ce petit bonhomme jaune qui essaie de la gravir. Apparaît un petit bonhomme vert qui se place derrière lui pour lui venir en aide. Les deux arrivent ensemble au sommet.

3ème séquence : à nouveau la colline et le petit bonhomme jaune qui arrive péniblement au sommet. Mais cette fois un petit bonhomme bleu repousse le bonhomme jaune qui tombe de la colline.

Juste après ces 3 séquences, un bonhomme vert et un bonhomme bleu (identiques aux séquences montrées) sont proposés aux enfants, afin d’observer lequel des deux, le bébé va choisir. Il est évident qu’à cet âge-là, les bébés ne choisissent pas ce qu’ils n’aiment pas. Tous les bébés ont donc pris le bonhomme vert, celui qui aide !

⇒ Bonne nouvelle ! Aucun d’entre nous ne vient au monde en consumériste ou égocentrique brutal et sans égards. En revanche, mauvaise nouvelle : cet état d’esprit s’installe en nous bien plus tôt que nous ne le pensions jusqu’à présent !

En effet, cette même expérience est menée 6 mois plus tard avec les mêmes enfants qui sont donc âgés d’un an. Ils observent à nouveau les 3 séquences et on place devant eux le bonhomme vert ainsi que le bleu. Soudainement, 10% à 20% des bébés choisissent le bonhomme bleu, celui qui repousse.

Alors se pose la question suivante : ces enfants ne sachant pas encore parler, qui a bien pu leur apprendre cela ? Réponse : ils n’ont fait qu’observer. Dans le système familial dans lequel ils grandissent se trouve quelqu’un qui arrive brillament à ses fins aux dépens des autres. Ainsi il est biologiquement tout à fait sensé pour un si petit enfant de prendre exemple sur cette personne, puisque les enfants prennent pour modèles ceux qui réussissent. Donc ils deviennent comme nous ! C’est ainsi que la pensée systémique prend tout son sens, et que nous comprenons ce qui nous refrène dans nos découvertes et nos pensées, ou ce qui nous bloque dans nos schémas actuels.

Tous identiques à la naissance : notre cerveau nous permet de TOUT faire

Les enfants naissent avec un cerveau qui a d’innombrables connexions et une ouverture d’esprit incroyable. En effet, il n’y aucun programme génétique qui puisse savoir à l’avance comment un cerveau humain sera utilisé. Ces programmes génétiques (les mêmes pour tous les humains) ne peuvent pas déterminer à l’avance si tel enfant va venir au monde au Moyen-âge, ou de nos jours, Esquimau au cercle polaire ou Indien d’Amazonie. C’est pourquoi ils nous équipent – c’est une découverte évolutionniste majeure – d’un cerveau avec lequel on peut TOUT faire.

Ces programmes génétiques ont même fait une surestimation de ce qu’il faut à un bon cerveau humain, ainsi nous sommes envoyés avec beaucoup de surplus dans le monde (pour info : vous qui êtes en train de me lire, tout comme moi, avons déjà perdu un tiers de cellules nerveuses depuis notre naissance). Il en est de même pour les connexions neuronales bien trop nombreuses : au début elles sont simplement mises à disposition, cela commence à l’arrière dans le tronc cérébral, puis séquentiellement elles arrivent dans les diverses régions, jusqu’au cortex frontal où cela ne s’arrête plus.

Là elles sont toujours disponibles, et l’on serait capable durant toute notre vie, de penser et ressentir différemment, à la seule condition d’avoir une raison assez forte qui nous pousse à changer. Alors comment être stimulé ?

Les 2 expériences primitives fondamentales

Avant la naissance, tous les enfants font 2 expériences majeures – que nous avons tous faites : la croissance et le lien.

L’expérience fondamentale de la croissance s’ancre dans le cerveau, là où se trouve aussi le « système de curiosité » qui utilise certains transmetteurs, telle la dopamine. Ce système se forme en fonction des expériences intra-utérines. Ainsi lorsqu’un enfant vient au monde, il y arrive avec l’espoir qu’il y aura, dehors, quelque chose à découvrir et quelque chose à faire. Il veut grandir, montrer qu’il est capable de réaliser des choses, il veut devenir autonome et libre.

La seconde expérience prénatale, celle du lien, s’ancre aussi profondément dans le cerveau, au niveau du « système de l’attachement », qui travaille avec d’autres transmetteurs comme l’ocytocine, la prolactine. Ce système se forme, lui aussi, en fonction des expériences prénatales. Chaque enfant vient alors au monde avec l’espoir que, dehors, il sera, d’une manière ou d’une autre, bienvenu, qu’il trouvera quelqu’un qui le prendra dans ses bras, qui lui offrira proximité et sécurité.

Alors ces enfants vont dans ce vaste monde et font des expériences. Les plus importantes sont toujours celles qui ont lieu quand il est possible de combiner ces 2 expériences primitives. Cela fonctionnait pendant 9 mois : nous avions bien pu vivre en même temps le lien et la croissance. Mais une fois né, on se rend compte qu’on ne convient pas tout à fait à maman, ou papa ou à quelqu’un d’autre… On n’est pas accepté tel que l’on est, les adultes commencent à vous « éduquer de partout », parce qu’ils voudraient qu’on soit comme eux, ou comme ce qu’ils auraient aimé être ou devenir.

A l’inverse nous pouvons aussi être, en quelque sorte, étouffés par ce qu’on pourrait appeler l’amour-grappin qui nous empêche de vivre notre besoin de croissance : on se noie en quelque sorte dans le « pot de miel de l’attachement ».

Situations aussi catastrophiques l’une que l’autre, pour lesquelles ce sont les mêmes réseaux neuronaux qui sont activés dans le cerveau, que lorsqu’on nous inflige des souffrances corporelles. Autrement dit notre cerveau réagit de la même manière lorsque nous nous sentons rejetés, que lorsqu’il repère un dérangement dans notre corps. Dans les 2 cas, nous souffrons et il nous faut trouver une solution.

L’enthousiasme nécessaire au changement

Pour nous permettre de supporter cela (car il est insoutenable de souffrir tout le temps), dès le plus jeune âge et plus tard en tant qu’adulte, à chaque fois que nous ne pouvons recevoir ce dont nous avons besoin, nous nous contentons de ce que nous pouvons avoir. Dès lors se contenter de tout genre de substituts active le centre de gratification.

A chaque fois qu’on s’enthousiasme pour quelque chose, et ce sur quoi on s’enthousiasme importe peu au cerveau, des transmetteurs neuro-plastiques se déversent, agissant comme de l’engrais pour le cerveau. Ceux-ci ne sont pas déversés lorsqu’on nous fait apprendre l’annuaire par cœur, ou bien lorsqu’on subit les discours de « gens avisés ». Ils ne se déversent que lorsque les centres émotionnels sont activés dans le cerveau, c’est-à-dire uniquement lorsque nous vivons quelque chose de particulièrement important pour nous. Important comme la souffrance éprouvée, il nous faut donc un substitut qui ramènera le calme dans notre cerveau.

Ces neurotransmetteurs savent faire une chose géniale : ils amènent les cellules nerveuses du dessous, par le biais d’un processus, à produire des protéines, qu’elles ont cessé de produire depuis longtemps. Ces protéines sont nécessaires pour construire de nouveaux filaments, établir de nouveaux contacts, pour rendre les réseaux neuronaux plus denses.

En résumé à chaque fois que l’on s’enthousiasme pour quelque chose, un arrosoir déverse dans le cerveau cet engrais qui le fertilise – mais uniquement sur les zones qu’on utilise dans un état d’enthousiasme ! Nos jeunes ont depuis 10 ans une région du cerveau qui reçoit tant d’engrais qu’elle a déjà doublé de taille : celle qui est chargée de la régulation des mouvements du pouce !

Cet enthousiasme nécessaire pour qu’il y ait des changements dans le cerveau, il n’est pas possible de l’avoir sur ordonnance, ni de l’engendrer par de savantes conférences. Non, il faut que les gens soient émus, touchés dans leur cœur. Souvenons-nous du petit enfant de 3 ans que nous avons été, lorsqu’on s’enthousiasmait pour quelque chose 50 à 100 fois par jour. Ne serait-ce qu’un bout de fil dépassant d’un tapis peut enthousiasmer un enfant de 3 ans pendant ½ heure. L’arrosoir dans son cerveau est continuellement ouvert, l’engrais est répandu sans arrêt et surtout partout – car l’enfant s’enthousiasme pour tout ! et là… nous envoyons ces enfants à l’école…

Lorsqu’on demande à des adultes à quelle fréquence il leur arrive encore de s’enthousiasmer – ce qui serait nécessaire pour penser autrement, pour qu’un nouveau schéma de connexions puisse se constituer dans le cerveau – c’est 1 à 2 fois par an (Noël et Pâques) voire plus du tout.

Apprendre à tout âge

Ce qui est intéressant c’est que ce serait possible ! Un homme âgé de 85 ans pourrait apprendre le chinois, non pas à l’université, mais uniquement en s’enthousiasmant. Par exemple en tombant tellement amoureux d’une jeune Chinoise de 65 ans, que lorsqu’elle veuille retourner en Chine, il y aille aussi. Et nous savons tous que cet homme âgé de 85 ans, qui dans son enthousiasme, va en Chine avec cette femme, aura appris le chinois en 6 mois. A 85 ans ! Nous n’avons donc aucun problème technique dans le cerveau si nous ne pouvons apprendre le chinois à 85 ans. Nous avons uniquement un problème d’enthousiasme. Ce qui est grave c’est que nous le savons tous !

Conditionné pour le consumérisme

Nous devrions pouvoir nous enthousiasmer pour quelque chose de différent de ce que nous connaissions jusqu’à présent. Or jusqu’ici nous nous enthousiasmons uniquement avec des substituts qui comblent nos manques et souffrances vécus par tant d’expériences négatives : quand nous cherchions des occasions de montrer aux autres ce que nous savions faire, quand nous essayons de nous intégrer, de devenir libres et autonomes. Ce faisant nous cherchons des satisfactions de substitution qui procurent cet enthousiasme palliatif => le consumérisme.

C’est évident, quand on ne reçoit pas ce dont on a besoin, on prend ce qui est proposé ici ou là. Il y a toute une industrie qui n’attend que cela : qu’il y ait autant de gens avec autant de besoins insatisfaits que possible, car ce sont eux qui entretiennent l’économie. Cela signifie qu’il nous faut des enfances qui rendent les enfants malheureux, des enfances au cours desquelles les 2 besoins de base des enfants ne sont pas satisfaits. Sinon à la fin nous n’aurions pas tous ces consommateurs souhaitant acheter toute cette marchandise, dont personne n’aurait besoin si nous allions bien.

*Conférence du neurobiologiste Prof. Dr. Gerald Hüther dans le cadre de la zweite Konferenz des Denkwerks Zukunft Berlin, 15 janvier 2011. En allemand avec sous-titres français (André STERN). Présentée par l’Institut Arno Stern et le mouvement « écologie de l’éducation ». Neurobiologiste allemand de premier plan, le Pr. Gerald Hüther dirige le département de recherche fondamentale de neurobiologie du Centre Hospitalier Universitaire psychiatrique de l’université de Göttingen et le centre de recherche préventive de neurobiologie de l’université de Göttingen et Mannheim/Heidelberg. http://www.ecologiedeleducation.com

Comprendre nos enfants entre 6 et 11 ans (partie 2)

A la suite de notre 1er article (juste ici), découvrons ensemble comment décrypter le cerveau de nos enfants à l’aide de l’excellent ouvrage d’Isabelle FILLIOZAT : « Il me cherche ! » Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans*

Partie 2 : A chaque âge ses spécificités

6 – 7 ans

Histoires imaginaires Avant 7 ans, on ne parle pas de mensonges. Si l’enfant a par exemple un ami imaginaire, cela signifie qu’il projette certaines parties de lui-même. Laissons lui le temps, il les intègrera peu à peu.

Il me ment L’enfant veut à tout prix faire plaisir et donne la réponse attendue car il sent que ça nous calmera, même s’il faut mentir. Après 7 ans, il veut être le meilleur, et si besoin blâmera l’autre car il a besoin de protéger son image de lui-même, les accusations et critiques étant trop douloureuses. Pour lui éviter de mentir, abstenons nous de lui faire honte ou peur, restons une personne de confiance, à qui il peut se confier !

Apprendre par imitation Soyons vigilants à nos comportements au quotidien car l’enfant nous imite (on est beaucoup sur les écrans? il en demandera également. Avons-nous tendance à crier? à mentir? Nos comportements conditionnent les réactions de nos enfants).

7 ans

Ils ne font rien à la maison Faire ensemble des tâches utiles nourrit notre sentiment d’appartenance, d’être utile et entretient l’estime de soi.

Manger toujours la même chose Cela est dû à un conflit intérieur. L’enfant ne se dit pas « je vais embêter maman en refusant sa nourriture » : il est mal, a un souci dans son cœur et a peut-être l’intestin noué. A nous d’explorer les pistes pour découvrir ce qui se cache derrière ce refus de nourriture.

Exemples de sujets abordés par Isabelle FILLIOZAT : entre autres il fait pipi au lit, elle veut un soutien-gorge, et bien d’autres exemples !

8 ans

Il court partout ou fait n’importe quoi Nous avons vu dans notre 1er article que l’ennui induit le stress. Donner une orientation constructive à son enfant est bien plus efficace que de le réprimander. Confions lui des missions au quotidien.

Mentir à ses copains Si l’enfant recourt à ces stratégies, il le fait pour rehausser son statut social. Écoutons et analysons la situation de notre enfant. Peut-être que son intégration sociale n’est pas aussi facile que ce qu’il nous raconte…

Punitions Elles sont contre-productives, notamment chez les garçons qui en sont fiers face aux copains. Elles n’améliorent pas la situations alors regardons tout cela depuis le paradigme de l’attachement (notion évoquée dans notre article précédent). Si l’enfant semble ne pas écouter, il nous observe néanmoins et se construit. A nous de montrer l’exemple. Les résultats seront visibles sur le long terme.

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Si les punitions éduquaient, il y a belle lurette que l’espèce humaine ne commettrait plus de crime. En fait les punitions ne sont pas tout à fait inefficaces. Elles sont d’une grande efficacité… sur le soulagement du punisseur qui a ainsi le sentiment de reprendre le contrôle de la situation.1

Récompenses Elles démotivent, et encouragent uniquement sur le court terme. Offrir un salaire pour une action, revient à dire que cette dernière n’a aucune valeur. La récompense agit même comme une punition lorsque l’enfant ne l’obtient pas.

9 ans

Abandon de chaque activité (sport etc) Il faut inciter l’enfant à nous parler de ce qui se passe, identifier les vraies raisons qui le poussent à se détourner de ses activités.

TICS Au cours du développement du cerveau, 1 enfant sur 5 traverse une phase de TICS sans suite. Ces-derniers peuvent être aggravés par la fatigue, le stress, la répression émotionnelle et l’alimentation.

10 ans

On ne peut lui faire confiance Isabelle FILLIOZAT prend l’exemple d’un garçon faisant du vélo avec son ami. Il est tenté de transgresser les limites imposées. La transgression produit de l’excitation. Par ailleurs son statut social est en jeu. Comment aider notre enfant? En parler avec lui, induire un processus de réflexion et de prise en charge de son problème.

Il ne cesse de faire ce qui est interdit L’interdit incite à la transgression, l’enfant ne réfléchit pas à la situation. Se rebeller contre l’autorité, se sentir « libre » ne sont pas des attributs de mauvais garçons/filles, mais concernent tous les humains. Les interdits focalisent l’attention sur le comportement problème, alors que les règles et les permissions focalisent sur le comportement désiré. Essayons de reformuler les phrases en termes de permissions, d’informations.

L’enfant déteste les limites, mais adore les règles La vie en communauté nécessité des règles, un cadre qui ne nous imposent pas des limites, mais permettent l’organisation. Il n’est pas question pour les parents de faire ce qu’ils défendent à l’enfant. Sinon l’interdit sera associé à un sentiment d’impuissance et d’infériorité. En cas de transgression des règles, on en parle en famille, sans jugement ni « tribunal ».

Il fait comme s’il n’entendait pas Avons-nous compté combien d’ordres un enfant reçoit au cours d’une journée? La soumission aux ordres est importante en cas d’urgence (danger). En dehors les ordres sont contre-productifs. Il faut mobiliser le cerveau frontal de l’enfant en attirant son attention sur l’objet à déplacer (par exemple), sans ordre, ni phrase et rester bref pour gagner en efficacité et sérénité.

Félicitations = récompenses Elles ne donnent pas confiance, mais développent le narcissisme. Essayons plutôt de décrire ce qu’on apprécie chez l’enfant (son action) pour développer le sentiment de confiance en soi. Pour lui permettre de vivre sa fierté, demandons lui, par exemple, ce qui lui a fait plaisir dans telle ou telle situation.

11 ans

Il jette ses affaires n’importe où 

Accusations et recherches du coupable gaspillent notre énergie. Nous avons vu que les ordres ne sont pas plus efficaces. Alors? Décrire simplement ce que nous voyons nous évite de prendre un ton coléreux, ne mobilise donc ni notre propre amygdale, ni celle de l’enfant et guide son attention vers le problème.2

L’enfant va donc réfléchir par lui-même et prendre la décision appropriée.

Jeux en ligne violents Ces jeux sont excitants pour les enfants. L’addiction n’est pas seulement réservée aux enfants dépressifs ou à problème. Le contrôle parental est donc indispensable. Isabelle FILLIOZAT conseille de placer l’ordinateur dans une pièce commune, et sans casque, de rester attentifs et surtout de rechercher d’autres activités et sources de satisfaction.

Conclusion

Donner de l’amour nous en remplit !3

Si les enfants nous frustrent, ils ne le font pas intentionnellement pour nous provoquer ou nous énerver. Ils vivent juste leur vie. Essayons de ne pas réagir exagérément (ne pas projeter notre stress sur l’enfant) et de montrer l’exemple : je ne peux pas reprocher à mon enfant de faire des crises, si je ne suis pas capable de maîtriser mes nerfs. Nous sommes donc responsables de notre conduite vis à vis de nos enfants, quelle que soit la manière dont eux se conduisent. Isabelle FILLIOZAT développe d’avantage ce point dans son livre, sans culpabiliser les parents. Alors n’hésitez plus, et lisez le !

*Source : « Il me cherche ! »Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans, Isabelle FILLIOZAT, Éditions Poche Marabout janvier 2016 – 1 : page 126 – 2 : page 165 – 3 : page 178

Comprendre nos enfants entre 6 et 11 ans (partie 1)

Cet article se base sur l’excellent livre d’Isabelle FILLIOZAT (psychothérapeute, à retrouver dans nos sources d’inspiration juste ici) : « Il me cherche ! » Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans*, dans lequel elle nous donne différentes clés de compréhension. Quand on comprend ce qui se passe, il nous est plus facile d’agir de manière pertinente et efficace ! Son livre est un projet pédagogique qui décrit différentes situations du quotidien, la manière dont l’enfant ressent cette situation, ce qui se passe dans son cerveau, et comment nous pouvons agir.

Très facile à lire, cet ouvrage permet véritablement de décrypter le message de l’enfant et d’identifier son besoin. J’ai pu immédiatement le mettre en pratique, et comprendre certaines émotions et réactions de Zoé (7 ans) puis essayer d’y répondre de manière adéquate. Cela a également permis d’éviter certains conflits avec Cathy (sa grande sœur, 14 ans) et avec nous, les parents, quand on comprend ce qui se passe dans le cerveau !

⇒ L’enfant n’est pas un adulte en miniature. Or nous avons tendance à reprocher à notre enfant de ne pas se comporter en adulte. Nous attendons de nos enfants des comportements qui ne sont pas de leur âge.

Parce qu’on ne connaissait que très peu de choses sur le cerveau, nos ancêtres, nos parents, ont pu croire à l’innocuité de l’éducation par la crainte. C’est maintenant prouvé, l’exposition au stress au cours du développement, perturbant les niveaux d’hormones, entraîne des modifications de la structure du cerveau. […] il est urgent de choisir un mode éducatif non-violent.1

⇒ Les émotions ne sont que des émotions qui surgissent et qui passent, pourtant elles nous inquiètent et nous désarment. Nous avons juste à les écouter et les accueillir.2

L’une des principales clés données par Isabelle FILLIOZAT est la véritable attention : l’auteure indique qu’il est essentiel de passer entre 10 et 20 minutes par jour avec nos enfants. Il s’agit d’une attention à 100%, sans penser à la liste de courses, au travail, au ménage qu’il reste à faire etc. Quand le cœur n’y est pas, cela se ressent. Cela m’a particulièrement interpellé ! Ma 1ère pensée a été : « mais bien sûr que nous passons au moins 20 minutes avec nos enfants. » Mais soyons sincères : nos journées sont bien (trop?) remplies (entre travail, école, devoirs et tâches quotidiennes). On ne parle pas non plus du dîner pris en famille devant la télévision qui empêche la communication. Nos enfants ne méritent-ils pas de leur consacrer un minimum de temps ?

Partie 1 : Accueillir les émotions

Enfant en crise C’est la traduction du stress dans son cerveau. Coups et menaces stoppent les crises uniquement parce que l’enfant est figé, pas parce qu’il est calmé ! Changeons de perspective : le comportement de l’enfant est peut-être un symptôme ? Que se passe-t-il chez l’enfant ?

Pour l’aider à calmer le stress dans le cerveau : privilégier le contact physique, la tendresse, la respiration, lui proposer un verre d’eau. Pour affronter le stress de la vie quotidienne, un enfant entre 6 et 11 ans, a besoin de beaucoup de contacts physiques pour se recharger en dopamine, sérotonine, ocytocine (molécules de la joie, sérénité, du bonheur).

Enfant agressif C’est la réaction à un problème. L’enfant ne se dit pas « Je vais agresser mes copains ou mes parents ou mon frère parce qu’alors on s’occupera de moi ».

Pour pouvoir changer de comportement, il faut que le problème soit identifié et résolu. D’abord on calme le stress en donnant toutes sortes de manifestations d’attachement à notre enfant. Le parent est comparable à une station essence : c’est une base pour remplir le réservoir affectif de l’enfant et le recharger en molécules du bonheur !

Rien ne peut être changé, ni même analysé et compris, dans une atmosphère de tension et de défiance. La première étape est de faire en sorte que chacun, tant l’adulte que l’enfant, soit partenaire dans le changement.3

Face à l’agressivité, si le parent est fâché ou pire, s’il est distant ou ne prend pas le temps, le réservoir de l’enfant se vide induisant du stress, et donc de l’agressivité ou le retrait de l’enfant.

Un autre facteur à considérer est le sucre dans l’alimentation de l’enfant : ce n’est pas seulement un risque d’obésité, il perturbe aussi l’attention et peut rendre agressif.

En rage à la moindre frustration Toute la journée un enfant réprime ses émotions, et tout comme les mammifères, il ne se libère de ses tensions que face à sa figure d’attachement. Ce processus n’est pas conscient. L’enfant ne se dit pas « je vais exprimer mes tensions à ma maman » mais plutôt « je me sens protégé avec ma maman, je peux lui montrer mes émotions ».

Comme indiqué précédemment, il faut d’abord remplir le réservoir affectif de notre enfant, puis se demander quel est le traumatisme ou le souci à l’origine de cette accumulation de stress ? A nous d’explorer toutes les pistes : par exemple la mésentente du couple parental, la violence d’un parent, un décès, une naissance, l’injustice entre enfants etc.

Attirer l’attention 

Quand un enfant est inquiet, anxieux, ou se sent seul, exclu, ou simplement s’il s’ennuie, ses circuits cérébraux sont en détresse. Son cerveau a besoin d’ocytocine (…).4

Ne pas confondre ennui (imposé par une situation de contrainte) et inactivité (bénéfique pour le développement).

Sans attention du parent, le stress augmente dans le cerveau ce qui provoque une montée d’énergie (impulsion à bouger, courir, voir taper). A nous parents de nous rendre disponibles pour satisfaire le besoin de l’enfant. Si nous devons terminer une tâche, prenons quelques secondes et expliquons : « On dirait que tu t’ennuies ? Je termine ce que j’ai à faire et nous faisons un jeu ensemble si tu veux ? En attendant veux-tu faire un dessin / puzzle ? » (et surtout on s’y tient !)

Il ne nous viendrait pas à l’esprit de dire à notre enfant « tu as faim ? alors tu n’auras pas à manger » ou en d’autres termes « tu as besoin de moi ? mais je n’ai pas le temps pour toi ».

Punitions et isolement Mettre un enfant à l’isolement pour qu’il réfléchisse n’a pas de sens, puisqu’il en est seulement capable à partir de 13/14 ans. En cas de mauvais comportement, on ne s’éloigne pas de notre enfant pour qu’il comprenne qu’il a mal agit, mais on s’en rapproche et on fait preuve de tendresse (même si le poids de l’idéologie de masse nous impose de punir) :

(…) l’amour n’est pas une récompense, c’est un carburant.5

Petits soucis Quelle est notre réaction face à la perte d’une gomme ? à une dispute avec son ami(e) ? Prenons notre enfant au sérieux, montrons notre intérêt, sans résoudre le problème sinon nous l’empêchons de le démêler par lui-même. Et surtout pour ne pas lui faire perdre confiance en lui, laissons notre enfant s’exprimer librement, se plaindre s’il a un(des) souci(s). Il a le droit d’exprimer sa peine et n’est pas obligé d’afficher constamment un sourire pour plaire à tout prix à papa et maman.

Mon enfant veut toujours gagner C’est important pour restaurer son pouvoir personnel, parce qu’il se sent impuissant. Naturellement l’adulte est plus fort que l’enfant. Ce-dernier a donc besoin d’engranger un sentiment de puissance et compétence, pour prendre suffisamment d’assurance et apprendre ensuite à perdre face aux copains. Pour cela, les parents montrent comment on fait pour perdre ! Je ne suis pas en compétition avec mon enfant de 7 ou 11 ans.

A suivre Partie 2 : A chaque âge ses spécificités (avec des exemples et situations concrètes du quotidien)

J’espère sincèrement que les pistes développées par Isabelle FILLIOZAT vous seront utiles au quotidien, et surtout que cela aura suffisamment éveillé votre curiosité pour acheter le livre. A découvrir également :

J’ai tout essayé ! Pour traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans

*Source : « Il me cherche ! » Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant entre 6 et 11 ans, Isabelle FILLIOZAT, Éditions Poche Marabout janvier 2016 – 1 : pages 25-26 – 2 : page 76 – 3 : page 39 – 4 : page 44 – 5 : page 50

IEF, un choix qui fait peur ?

L’entourage est souvent inquiet, voire désapprouve le choix de l’instruction en famille (pour savoir pourquoi nous avons choisi l’IEF, retrouvez notre 1er article). Quelles peuvent être ces inquiétudes ?

Comment allez-vous faire pour sociabiliser vos enfants s’ils ne vont pas à l’école ? Un enfant sans école n’a pas de vie sociale…

Tout d’abord, il n’est pas naturel de côtoyer uniquement des enfants du même âge, en les regroupant par classe ou groupe d’âge, favorisant notamment l’esprit de compétition. Dans la « vraie vie », nous vivons au quotidien avec des personnes de tous âges (travail, conjoint, famille, amis, voisinage etc.)

Un enfant apprend naturellement en côtoyant des « grands » que ce soient des enfants plus âgés, des ados, des adultes, des seniors. Il est également un repère voire un soutien pour les plus petits.

L’échange intergénérationnel n’est pas présent dans nos écoles classiques. A tel point que certains enfants ont peur des « grands », et que les « grands » en jouent et sont parfois méchants avec les plus jeunes.

Par ailleurs, il est indispensable que les parents en IEF apportent un environnement riche et varié à leur(s) enfant(s) en proposant des activités (musique, théâtre, sport…), rencontres (familles, amis, commune…) etc pour entretenir une vie sociale riche.

Comment un enfant qui ne va pas ou plus à l’école peut-il s’adapter à sa vie future qui n’est pas facile (hiérarchie au travail etc) ?!

En sortant nos enfant du système scolaire classique, nous espérons leur apporter une autre vision du monde. Il n’est pas question de vivre reclus sur nous-mêmes et d’éloigner nos enfants des difficultés de la vie. Au contraire, sans le formatage scolaire et la « pensée unique », nous sommes peut-être mieux préparés pour appréhender le monde ? Quelle meilleure école pour apprendre la vie que la vie elle-même ?

L’école actuelle me fait penser à une pépinière, où tous les élèves sont comparables à des plantes en pot. Comme les plantes, ils reçoivent les mêmes quantités d’enseignement (eau) pour grandir. Certaines plantes grandiront plus que d’autres. A la fin de la scolarité, on leur dit : « ça y est ! vous êtes libres ». Or comment une plante « cultivée » en pot peut-elle vivre librement dans un champ ou dans la nature ? Comment nos élèves gardés bien à l’abri dans nos écoles (où on leur dit à chaque instant ce qu’ils ont à faire et comment le faire), peuvent-ils penser par eux-mêmes et être à l’aise dans la « vraie vie » des adultes ?

A ce jour, nous n’avons pas toutes les réponses aux questions et inquiétudes. Le changement fait peur. On doute parfois, mais finalement qu’est ce qui prime : l’avenir de nos enfants ou l’idéologie de masse ?

Notre objectif, je le rappelle, est tout simplement d’accompagner nos filles et leur permettre de (re)devenir enthousiastes, épanouies, autonomes et actives !

Enfin, pour vous apporter un autre regard sur l’éducation et, se placer du point de vue du besoin de l’enfant, je vous invite à regarder cette vidéo de Thierry PARDO, titulaire d’un doctorat en éducation (à retrouver dans nos sources d’inspirations). Petit conseil : Prenez-vous le temps pour cette vidéo de 37 minutes (que vos enfants soient scolarisés ou non, les idées développées sont très intéressantes).

Ecoles alternatives ou alternatives à l’école ?

Telle est la question que nous nous sommes posée. Voici pourquoi et comment nous avons fait notre choix :

En janvier 2018, nous avons constaté le mal-être grandissant de Zoé (7 ans, CE1). Elle n’a jamais aimé l’école (beaucoup de pleurs depuis la maternelle). Chaque séparation est vécue comme un déchirement. La seule réponse qui nous est donnée est que l’enfant va s’y faire, elle va bien finir par s’adapter.

Difficile pour nous de répondre aux questions de Zoé : « Pourquoi l’école nous sépare-t-elle des parents ? Ce n’est pas naturel que des étrangers s’occupent des enfants. C’est aux parents de le faire. Maman, pour moi l’école est une prison. On est enfermé et on a des toutes petites récréations. Tu me manques… » Nous entretenons le dialogue et essayons de répondre de manière bienveillante à son mal-être persistant.

Néanmoins Zoé développe des maux de tête, de dos et chutes de tension. Les médecins nous disent que notre fille n’a rien. La maîtresse constate également que Zoé n’est pas bien, pour autant elle n’est pas en échec scolaire.

Plusieurs RDV chez l’étiopathe soulagent enfin notre Zoé de ces maux de dos et de tête : 2 cervicales, 1 dorsale et 2 lombaires déplacées. Zoé est dans un état de stress tel qu’on peut le constater chez un adulte !

Nous devons prendre une décision, elle ne peut rester comme ça. Changer d’école ? Oui mais pas dans une école « classique » qui ne changerait en rien le stress éprouvé par l’enfant. École alternative donc, puisqu’il n’y a pas d’autres choix, non ? Au printemps, nous découvrons le concept des écoles démocratiques, dont une ouverture d’école serait prévue en janvier 2019 près de chez nous. Une école libre, sans enseignants mais avec des accompagnants. Comment ça marche ? Nous découvrons les apprentissages autonomes (article à suivre). Une révélation pour nous qui pensions que le seul moyen d’apprendre était d’aller à l’école…

Après plusieurs mois de recherches, lectures, réflexions (voir nos sources d’inspiration ici) et beaucoup, beaucoup de discussions, nous décidons de tenter l’aventure de l’instruction en famille (IEF) avec son lot de chamboulements de notre vie quotidienne. Il n’y a pas de « recette type ». On s’adapte au rythme de l’enfant qui devient moteur et acteur de son savoir. Zoé a été ravie et soulagée par cette décision!

Cathy, la grande sœur, a quant à elle réfléchit aux choix qui se présentaient à elle. Elle devait entrer en 2nde mais a finalement fait le choix de l’IEF. Nous n’avons pas encore déterminé si nous allions suivre des cours par correspondance. A présent Cathy est libre : elle n’a plus la pression du temps, en fonction du métier qu’elle choisira (pour l’instant institutrice, à suivre donc…) elle passera les examens nécessaires quand elle sera prête. Nous espérons qu’elle gagnera en confiance en elle et qu’elle s’épanouira tout simplement.

Nous partagerons avec vous cette belle aventure dans laquelle nous sommes tous des apprenants (enfants comme parents!). En espérant qu’elle nous fasse grandir sur le chemin de la vie et pourquoi pas, qu’elle puisse inspirer l’un ou l’autre?